Les premiers jours

Amphi 600

Les premiers jours furent difficiles, très difficiles. Je me sentais complètement perdu comme les nouveau conquistadores au milieu d’un nouveau monde qu'il allait falloir coloniserNouveaux amphis, nouvelles têtes, nouveaux cours. Je crois que je n’ai jamais autant pensé à ce mot ! J'avais crus venir avec des lames affutées (mon bac ou le stage de pré rentrée) mais je me retrouvais face à de véritables pistolets. Le gros choc de civilisations quoi ! D’ailleurs j’aurai pu/du mettre comme titre d’article le début de la fin. Ça aurait été bien plus réaliste !

 

Enfin, bon revenons au moment où je vous avais laissé : c’est-à-dire quand le doyen nous faisait son petit speech de découragement. Hé oui, des étudiants en P1, il y en a trop, beaucoup trop, donc autant essayer d’en faire partir un maximum le plus vite possible ! Comment ? Et bien c’est simple, en les effrayant dès la rentrée et en leur imposant une cadence démentielle ! Un peu comme s’il n’avait pas devant lui des êtres vivants mais des cibles. Le but : en dégommer le plus possible avant le concours et faire en sorte que ceux qui restent soient le plus amochés en arrivant.

Pour moi, la PACES est déshumanisante, et on s’étonne après d’avoir des médecins soignant des maladies et pas des malades. Au final, ils ne font que reproduire ce dont ils ont été victime pendant toutes leurs études.

Après le doyen vient le tour de la présentation du fonctionnement de l’université, du tutorat et tout ce qui nous sera utile pendant l’année. Complètement inutile puisqu’on apprend presque rien en somme qu’on ne savait déjà. Sauf que voilà, pendant ce temps, il y a les inscriptions à la corpo qui débutent, et tous les pauvres primants qui ne le savaient pas se retrouvent piégés dans l’amphi (comme moi ha ha). Résultat, ils devront, faire la queue pendant tout l’après-midi afin d’obtenir le précieux sésame…

Qu’est-ce que c’est la corpo ? Et bien en P1, on la voit comme la gigantesque papeterie de la fac,l'endroit qui à lui seul aura participé à la destruction de la forêt amazonienne. C'est là où on va chercher tous les polycopiés des profs en fait. Alors bien sûr, le premier jour lors des inscriptions, c’est le rush dessus, la ruée sur l’or ! Car en médecine, chaque poly, c’est de l’or sur feuille ! C’est une sorte de bible sacrée puisqu'en QCM, il peut y avoir des pièges jusqu'au mot près ! Il faut donc tout et e dis bien tout apprendre par coeur. Et le pire c'est que c'est encore insuffisant puisqu'en général, ces poly ne sont que le support du cours regroupant quelques maigres diapos. Hé oui, fallait pas croire que ça allait nous tomber tout cuits comme ça !

Et forcément, tout le monde comprendra qu’il vaut mieux les avoir le plus vite possible ou c’est le décrochage assuré dès les premiers jours ! Déjà que prendre des notes est assez dur (et je vous reparle au prochain billet), le faire sans rien c'est encore pire !
Quant à moi et après avoir attendu pendant l’éternité entière, j’obtiens enfin ma pile de papier (de plusieurs kilos). Me viens alors à l’esprit une question existentielle :

«- Je suppose qu’il y a tout pour l’année dedans n’est-ce pas ?
-  Euh en fait, c’est juste le premier mois puis il faudra revenir…  Me répond l’employée de la corpo.
 …. …. …. »

Je crois que ma mâchoire s’est décrochée à ce moment-là. Malgré le stage de pré rentrée, je commençais sans tout à fait m’en rendre compte encore à comprendre dans quoi je m’étais engagé... Une année aussi inter que minable !
Et encore, j’ai eu beaucoup de chance car ceux qui venaient d’autres amphis et arrivaient après ont fait encore plus de queue. Certains ont même dû la recommencer le lendemain ou le surlendemain parce qu’il n’y avait plus rien d’imprimé disponible ou tout simplement parce que c’était l’heure de la fermeture. Et à la corpo, on ne plaisante pas avec l’heure ! On claque la porte au nez de celui qui avait attendu son tour patiemment pendant plus de 4H en lui disant, désolé, revenez le lendemain. Grrrr !

Enfin moi, j’ai eu la chance de ne pas connaître ce problème et j’ai pu arriver dès le lendemain avec les bons poly pour suivre le cours plus facilement. Quoique, en médecine, suivre facilement est un oxymore, on peut pas trouver pire comme mots opposés ! Et c’est encore plus vrai quand on est primant !

Je vous disais d’ailleurs qu’ils mettaient les cours les plus hardcores dès le début. Alors imaginez ma surprise quand le premier cours de l’année sur la mécanique quantique (très médical en effet, je suis d'accord) et l’atomistique nous est tombé dessus. Avec les équations de Schrödinger détaillées comme accompagnement au plat de résistance. La pilule fut assommante. Ecrasante même ! Parce que du niveau bac +5 accompagné de démonstrations alambiquées et aussi légères qu’un éléphant, ça n’a pas été difficile de briser la fragile porcelaine que nous, tendres primants que nous étions.

Et pour rajouter à l’indigestion, les doublants conscients de notre état de panique totale en rajoutaient un coup ! Ça criait, ça hurlait, ça chantait des chansons paillardes en tout genre, ils martelaient aussi les bureau (en rythme sinon c’est pas beau) de toutes leurs forces pour en rajouter au vacarme. A croire qu’un chef les avait harangués peu avant :

« En avant doublants, ne craignez aucune obscurité, debout carrés et chantez ! Sous vos coups, le sol sera secoué, les tables voleront en éclat ! Une journée rouge avant que le cours ne s’achève ! Au galop maintenant ! Courez à la ruine et à la fin du monde ! A mort les primants ! Hurlez !!!! »

Ça y est me voilà lâché avec les fauves ! Je vous laisse imaginer l’ambiance de feu au milieu de centaines de projectiles plus variés les uns que les autres… Une sorte de bordel organisé (par les doublants), avec le chef d’orchestre hurlant de toutes ses cordes vocales puis son cœur qui tempétait en refrain.
Sauf que sur l’instant, ça ne faisait que me paniquer un peu plus… Déjà que je ne comprenais absolument rien, si en plus on ne pouvait même pas entendre la prof qui expliquait (mal) son cours incompréhensible... Et moi je vais faire comment pour le concours hein ? Je vais faire comment ! Mais c'est horrible, je vais jamais avoir mon concours, au secouuurs !!! (quand je relis ce passage, je le trouve nul parce que vraiment, j'étais très très mal à ce moment, surtout que ce n'était quele début).

Rajoutez aussi que j’étais complètement épuisé après m’être levé à 5H du mat pour réserver et vous obtiendrez le parfait cocktail explosif. Ah oui, du coup j’ai oublié de vous en parler de ça aussi, mille excuses ! Dans ma fac, on est assez nombreux et du coup, il y a plusieurs amphis. L’amphi 600 avec le prof et puis les autres. Plus ou moins grands (de plusieurs centaines de places à des « petites » salles de 100 places) mais tous retransmettant en visio-conférence le cours. Du coup, il y avait 2 sortes d’étudiants : ceux qui allaient au 600 et ceux qui n’y allaient pas. Sauf que voilà, le hic, c’est que pour avoir une place dans THE amphi avec le prof, il fallait se lever de bonne heure. Tôt, très tôt, trop tôt : 5H du mat pour arriver devant les grilles (fermées) à 5H30. Du coup, passer en mode ninja pour contourner la grille en escaladant par le côté après avoir enjambé un ruisseau 3m plus bas (autant ne pas se louper !) et s’être accroché à la rampe de l’autre côté. Je vous laisse imaginer les jours d’hivers avec le verglas ou les jours de pluies comment j’ai prié pour ne pas tomber. Comme quoi en Paces, on apprend aussi à être polyvalent.

Puis, on court devant la porte du bâtiment puis on attend. Froid, nuit, pluie, vents, neige furent alors mes compagnons jusqu’à 7H du matin horaire d’ouverture de l’amphi. Oh wait, il y avait aussi comme camarades tous les autres paces venus réserver des places dans l’amphi suprême ! A l’ouverture, c’était une immense cohue comme si l’université déversait ses entrailles sauf que là, on voulait rentrer se prendre une place au chaud ! Finalement, ce n’était pas si mal puisque ça me faisait faire mon 100m hebdomadaire, moi qui pensais avoir arrêté tout sport ! Et puis, quel franc moment de joyeuse camaraderie que c’était la bousculade dans l’escalier jusqu'à l’arrivée dans la salle.
Chacun se précipitait comme s’il jouait sa vie (ce qui n’est peut-être pas tout à fait faux)  pour réserver les meilleures places pour ses amis. Moi, j’ai réservais 5 ce qui me permettait les autres jours de grappiller quelques heures si essentielles de sommeil. Sauf le lundi, jour de bousculade monstre. J’avais choisi ce jour puisque c’était le lendemain des weekends et que j’étais un peu moins crevé qu’en fin de semaine. Plus facile, donc de se lever aux aurores et d’avoir l’énergie nécessaire pour réserver ses places. Et gare à celui qui manquait au contrat ou ratait les places habituelles. Le lynchage verbal par ses camarades de groupe était alors de mise. Alors bien sûr, tout le monde était assez stressé au moment de réserver et il n’était pas si rare qu’il y ait unou deux petits accrochages.
Quand les lumières s’allumaient, signe qu’on allait bientôt nous ouvrir la porte, les visages se tendaient, les esprits se fermaient pour faire place à la concentration, les muscles se préparaient à l’effort bref mais intense… Et le 100 m pouvait débuter. Prêt ? Feux…. Partez !!!

Que d’effort donc, pour se retrouver devant le prof. Dans une immense salle de 600 places. La première fois, ça fait tout drôle, vu qu’on est habitué à nos micros salles de 35 places. Mais la fac, c’est un autre monde ! Pour certains (dont moi), ça pouvait être un peu perturbant (même inconsciemment) de perdre ses repères. D’autres s’y habituaient plus vite. J’ai mis en illustration plus en haut un amphi type. On s’y sent tellement petit au début. Puis on s’habitue. L’idéal étant de s’habituer tout de suite. Maintenant, dès le 1er jour. En fait même en médecine, celui qui réussira son année est celui qui arrivera le plus vite à faire la transition terminale-paces. Et ce n'est pas chose aisée, croyez moi !

Changement de rythme, de vitesse de cours, de cadre, de méthode de travail, de quantité de travail, de pression, de modalité d’évaluation. Même avec la meilleure volonté du monde, c’est dur de passer de celui qui fait ses exercices la veille pour le lendemain (à condition que ce soit un prof qui les vérifie) à celui qui devient autonome dans son travail et s’auto donne des exercices. Passer de celui qui ne bosse que 1H par jour maxi à 12H, ça aussi c’est pas si évident que ça. Tout est nouveau, plus vite on rentrera dans le moule et plus on aura de chance de réussir l’examen standard de fin de semestre. De bon petits produits de la PACES il faut devenir. La mentalité terminale et la mentalité paces sont complétements opposées.

Et pour ça, il faut écouter à la lettre les conseils de ta prépa, du tutorat ou de certains sites comme "réussir ma paces" ou "conseils de médecine" qui sont tout 2 très bien fait. D’ailleurs si vous n’êtes pas encore en P1, je vous invite fortement à y jeter un petit coup d’œil. Surtout que beaucoup de leurs conseils seraient les miens…

Enfin, revenons à notre sujet de départ, le petit P1 qui rentre à son appart complètement angoissé par un cours en chinois et qui se demande ce qu’il va bien pouvoir apprendre. Suite au prochain épisode !

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Commentaires (4)

docjunior
Non ils n'y sont pas (encore). Mais cet été j'aurai le temps d'écrire tous plein d'articles que je voulais écrire depuis un moment mais pas le temps. Et ceux sur la P1 en font partie ! Allez encore 3 jours jusqu'au 29 juillet et la CBH suivi le lendemain de la pneumo et je suis enfin TRANQUILLE !!!
Birth
  • 2. Birth | 25/06/2016
Je m'enjaille à relire le blog et... nan mais mon pauvre sérieux, c'est HORRIBLE de devoir se lever aussi tôt, tu devais être épuisé ! Chez nous, on peut arriver à 7h50 sans aucun problème ! (Hum... Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis levée à 7h45...)
J'aime beaucoup le "aussi inter que minable" c'est très représentatif je trouve !
Hâte de lire le meme genre d'articles (à moins qu'ils n'y soient déjà mais je n'y suis pas encore) sur ta rentrée mais... en tant que doublant :) Breeeeeef ! (Trois jouuuurs et après vamos a la playa !)
docjunior
Merci beaucoup pour ce petit mot gentil, ça me fait tellement plaisir ;) et me donne encore plus envie de continuer !
Bon courage à toi si tu es en paces, j'espère que ce blog t'apportera le courage nécessaire pour ne pas craquer ! Et si tu veux des conseils y'a moyen (surtout que je suis tuteur ^^)
Pour les nouveaux post, hésite pas à t'abonner au flux RSS, c'est ultra pratique pour voir quand de nouveaux billets sortent ! Et sinon, y'a le facebook mais ça sera un peu moins réactif parce qu'en même temps y'a pas encore grand monde dessus.
En tout cas, merci à toi de me lire, de commenter et de partager tout ça à tes amis !
Laeti
  • 4. Laeti | 13/09/2015
Ce blog est vraiment super!
Merci de prendre le temps de d'écrire toutes tes impressions, j'espère que ça va m'aider à affronter cette année (qui commence demain...)

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