This is the end

Salut à tous. J'ai le plaisir de vous retrouver pour publier le deuxième article auquel Birth a donné naissance. Elle n'a pas changé, c'est toujours aussi frais et virevoltant, joyeux et passionant que le premier, et ce malgré le sujet qui n'est pas facile à traiter lui.

En effet, elle nous narre avec grand talent la suite de ses aventures qui eurent lieu pendant son concours !

Merci à toi de nous partager tes impressions et tes souvenirs. Comme la dernière fois n'hésitez pas à lui laisser un petit commentaire (même juste une ligne) car quand on se donne du mal, avoir un retour [positif si possible ;-) ] fait vraiment très plaisir et motive pour écrire la suite. En tout cas, ça compte beaucoup !

Et oui, un troisième billet au moins est en préparation (date de sortie inconnue) !

Bon assez parlé, place à la plume de Birth !

This is the end
Skyfall


« Les étudiants se lèvent »
Eh oui, chez nous cette phrase mythique résonne à la fin des épreuves et pas au début. Religieusement, tout le monde pose son précieux feutre et le bruit des chaises poussées en arrière résonne. Je me sens l’âme d’une fille à peine majeure dans le corps d’une personne âgée quand je m’étire dans tous les sens. Bien jolies les petites chaises avec du velours rouge (#UniversityMoney) mais le dossier qui me rentre dans le dos, merci bien.

J’entends le doublant derrière moi qui marmonne entre ses dents. « Ouais éco, libéral, financement ». Ah, il est resté coincé dans les toutes premières questions lui. Pour un peu, on pourrait penser qu’il vient de passer un partiel d’économie. Un autre surveillant que le prof m’ayant distribué le sujet (je le soupçonne d’être parti se chercher un café. Affaire à suivre.) s’approche, prend ma copie et j’émarge. J’ai le droit de m’asseoir (ou plutôt de m’affaler sur ma chaise), youhou. J’en profite pour étudier la tête des autres galéri.. candidats.

Avec ce monde, il est facile de trouver quelques phénomènes.

J’aperçois la Meuf. Qui est la Meuf ? La Meuf a une longue chevelure savamment entretenue relevée en un chignon lâche au-dessus de la tête, la Meuf semble avoir radié le mot « naturel » de son vocabulaire (RIP Homme et son environnement module écologie) et surtout elle semble TRES sûre d’elle. Alors elle te met la pression. Parce que tu ne sais pas si sous le fond de teint se cache une tête ou si son intelligence est aussi absente que la classe chez elle.

 

A ma gauche, il y a la Bizuth. Mais attention, pas la bizuth maltraitée, non. La Bizuth de compet. Celle qui mange du Carré au petit dej, celle qui connaît ses cours à la virgule près, celle qui a sa feuille de brouillon remplie de mots savant là où toi tu as dessiné un lapin (quoi. C’est super long deux heures pour l’UE7). La bizuth qui a cinq feutres, quatre surligneurs, trois bics, deux montres, un criterium, de l’eau et des biscuits diététiques (car la Bizuth de compet n’a pas pris dix kilos, non, car en plus d’être intelligente, elle est mince et belle).
Mais il y a pire encore. La Bizuth est GENTILLE. Appelez BFM, I Télé et j’en passe mais elle est adorable ! Un sourire timide étire ses lèvres.

- Tu en veux ? me demande-t-elle.

Je ne comprends pas de quoi elle parle. Est-ce que qu’elle veut me donner une baffe pour avoir éternué pendant l’épreuve et l’avoir déconcentrée ? Est-ce que c’est une P2 infiltrée et est-ce qu’elle veut me distribuer des tracts pour la réorientation devant mon niveau de nullité infinie ? (Joke.)

Je finis par voir le sachet de graines de tournesol qu’elle tient (je vous avais dit que j’étais devenue myope !) et refuse poliment. Et là, choc de ma vie, elle se RETOURNE pour en proposer aux mecs derrière nous. J’en reste bouche bée. Tu iras loin, toi !

« Les étudiants restent à leur place tant que les copies ne sont pas toutes ramassées ».

C’est cela oui. Je me lève comme une sale gosse (#ThugLife) et slalome entre les tables pour arriver à la hauteur d’une amie.
Et là, moment grave.

On se regarde dans le blanc des yeux (oui, la sclérotique, mais c’est super moche comme mot !).

- Alors ?

- …. Ben…

- Ouais comme tu dis.

C’est pas pour rien que la santé pub s’est transformée en santé pute. Retour à la réalité, c’est bien joli d’essayer de jauger les autres mais il faut aussi se regarder en face.

Ce fut … pas catastrophique mais pas bien glorieux non plus. On ne va pas épiloguer mais honnêtement… Valaa… vous avez compris !

« Les étudiants retournent à leur place »

Les étudiants obéissent bien gentiment, signent, attendent et c’est reparti pour un tour.
Et encore un.
Et allez, un suivant.
Et oh, encore un pour la route.

 


Avec une nuit séparant les deux premières des deux dernières, les épreuves de tronc commun se terminent. On aurait pu être soulagé. Mais non. Pas moi en tout cas.
L’anatomie nous laisse … choqués et déçus. Assise à ma place, je garde les yeux rivés sur ma table.
Il s’est passé quoi là ? Je serre compulsivement mes poings sur mes cuisses. Ma gorge se noue.

Tout ça pour ça ? Je sais que l’anatomie n’est pas mon fort, vraiment pas, mais à ce point ? Toutes les heures passées à apprendre et à digérer mes polys d’anat ont été vaines ? Je sais à peine quoi penser. De façon quelque peu rassurante, j’entends beaucoup de gens qui râlent contre les profs.

Et là, le Doublant Relou rentre en scène, rapidement rejoint par ses deux potes ayant la même dégaine que lui.

- Eh mec, l’artère (insérer un nom bien compliqué) passe bien devant (insérer un élément du corps humain. Se munir du Netter si nécessaire) ?

Rassurez-vous, l’ami du doublant s’empresse d’agréer.

- Ouais, moi aussi j’ai vu le piège.

Et ils rigolent tous. Toi, tout ce dont t’as envie c’est de jouer au Quidditch avec leur tête en guise de souafle et ton poly de système nerveux roulé sur lui-même pour batte.
Moi je l’ai pas vu le piège.

Un point en moins. Combien de places me séparent davantage du sacro-saint Numérus Clausus, NC pour les intimes, maintenant ? Je me retourne et regarde fixement le Doublant dans les yeux. Il se tait enfin et détourne rapidement les yeux, qu’a-t-il vu dans les miens ?

La menace de lui enfoncer mon surligneur en travers de la gorge ?
La détresse qui lui aurait fait pitié et qui aurait provoqué le miracle décrit ci-dessus ?

 

Peu importe. Je me retourne et une ombre se dresse devant moi. Salut cousine. Quelques mots échangés, des sourires rassurants, un peu d’humour mais rien de très serein là-dedans. Quand elle s’éloigne, je repense à nos jeunes années où notre plus gros problème était de décider à quel jeu nous jouerions.

Notre émission préférée, à sa sœur ainée, à elle et à moi c’était Intervilles. Les vrais savent.
Deux choses m’ont marquées dans l’émission : les vachettes à éviter pour réussir le jeu en un temps imparti, et le mur à la fin que les candidats doivent gravir échelon après échelon, à la seule force de leurs bras : le Mur des Champions.

La PACES, quoi.

Chaque vachette est estampillée d’une UE différente et chaque coup qu’elle donne est un piège dans les QCM à éviter. De façon plus ou moins gracieuse, d’ailleurs.

Avec grâce : « Oh ! Tout l’item est juste sauf qu’il a inversé médial et latéral, ahah, petit garnement (?), allez hop, faux, on passe à la suite »

Sans grâce : « … Vrai. Attends. Y’a un truc qui cloche là. Bon. Je l’entoure on verra après. (Cinq minutes avant la fin de l’épreuve) … Je vais me relire (pour la dixième fois) pour faire genre et faire bonne impression au doyen qui passe juste à côté … …. … Aaaaaaaaah !!! Mais c’est faux !! Oh c’est dégueulasse, concours à la noix, punaise si j’avais su … (rajouter quelques divagations sur l’aspect écœurant du concours), vite la ligne de reprise ! »

Eh oui, même dans la façon de colorier des cases il y a des différences.

Bref. Pas besoin d’expliciter l’allégorie du mur de fin à gravir. Quelques pistes de réflexion pour les plus lents/feignants :

Un mur : le concours.
Plein de petits crans (ou échelons) à gravir avant la ville voisine : tous les QCM à réussir avant tous les autres.
Si tu chutes et perds quelques échelons : tes QCM faux.
L’arrivée : la victoire, l’arrivée en P2.

(Wait. Je viens de voir que la dernière version de l’Intervilles que je connais a été diffusée en 2008. Coup de vieux, j’avais dix ans.)

Bref. Une compétition mais il y en a une moins amicale que l’autre, je vous laisse deviner laquelle.

Revenons à nos moutons. Après une pause midi, on attaque la spé. Rien de bien fou, on arrive rapidement à la moitié des épreuves. On est en milieu d’aprem. Les médecines commencent à fatiguer.
Je me tourne vers la Bizuth.

- J’en peux plus…

Elle acquiesce.

- C’est long. Il y a plus d’attente entre chaque épreuve que la durée des épreuves elles-mêmes.

Elle a raison, ma voisine. Nos nerfs sont mis à rude épreuve. D’un côté, il ne nous reste plus grand-chose (deux bébés UEs, une heure en tout ce n’est rien comparé aux quatre mois de vacances qui nous attendent) mais de l’autre ça reste deux matières un coef six au final.

 

Mais là, on passe quand même de « on va en découdre » à « finissons-en, j’en ai maaaarre ». Le Doublant Relou est parti, il voulait dentaire apparemment. C’est déjà ça. La Meuf au loin refait pour la énième fois son chignon. Le pied de ma cousine tapote rapidement le sol, signe de son agacement grandissant. Je lève le museau. Encore un quart d’heure à poireauter.

Quinze minutes, une distribution de sujets, un émargement et cent trente-trois fenêtres dans mon champ de vision comptées plus tard, nouvelle épreuve. Vite terminée. Nouvelle attente.

Et enfin, il est là.

Le sujet de la dernière UE, de la dernière épreuve après ces neuf mois, est posé devant moi. Mon cœur palpite joyeusement dans ma poitrine et une petite voix chante dans ma tête
« This is the end ... Hold your breath and count to ten »

« Vous pouvez commencer »

Sitôt dit, sitôt fait. Contrairement à la majorité, je suis strictement incapable de me concentrer entièrement sur les questions et c’est encore pire après cinq heures d’épreuves. Mon esprit vagabonde alors que je noircis méthodiquement les cases. « Tiens, elle est facile la question là. Il est sympa le prof. Et il est mignon en plus. Hop, question d’après. ….. Hein ? J’ai rien dit, il est pas sympa du tout. Tous les mêmes. » (Un Stromae sauvage apparaît)

Question vingt, vingt et un … C’est long dis-donc. Je fronce les sourcils, le sujet me paraît encore bien épais. Mon cœur s’emballe, l’appréhension me serre les entrailles de toutes ses forces et je vérifie le nombre de questions.

« Hear my heart burst again »

Quarante. En trente minutes. A la place des trente questions habituelles. (Par question, j’entends QCM) Alors là, on atteint le summum.

Rush. Là tu penses plus, tu coches. Vite, vite, vite, ça serait quand même très con de pas réussir à terminer. T’y vas mollo quand même, un mouvement de trop, un petit trait de feutre sur ta grille optique et tu dois la refaire (Doux souvenirs d’UE4) et là tu n’as vraiment pas le temps.

« Il vous reste cinq minutes »

Merci Michelle pour l’info. Quand elle prononce ces mots, moi j’entends « Eheh, bande de blaireaux, vous finirez jamais à temps. Bougez-vous ». Par miracle, je réussis à finir. Pas le temps de relire cette fois. Je pose mon feutre.

C’est la dernière fois avant un bon bout de temps que je le fais.

« For this is the end - I’ve drowned and dreamt this moment »

« Il vous reste une minute »

On peut penser à plein de choses en une minute. Mais rien ne me vient.

Rien du tout.

Suite à une déformation de l’espace-temps (chez nous, une minute = quarante secondes), la voix de Michelle résonne à nouveau :

« C’est terminé. Les étudiants se lèvent »

On obéit.
Et moi tout ce que j’entends c’est « C’est terminé. Le cauchemar est terminé. »

Soulagement.


« Restez à votre place. Vous là, place 2060, il est interdit de continuer à écrire après la fin de l’épreuve. Veuillez vous rendre à l’estrade. »

Ma mâchoire se décroche. Oh non. Loin d’être dans une optique « Bien fait pour ta tronche » (Honnêtement, ce n’est pas la case qu’il a cochée après la fin qui va changer quelque chose à ma vie), je compatis fortement.
Des murmures agitent les rangs, se propagent en ondes dont l’épicentre est la place 2060. Les gens s’agitent. On échange un regard avec la Bizuth. Son visage est froissé par la perplexité.

Toi, là, pourquoi as-tu fait cette erreur ?

Je suppose que tu es doublant, tu n’aurais pas tenté le tout pour le tout sinon. Combien de milliers d’heures de travail viens-tu de gâcher ? Quel rêve viens-tu de réduire à néant ?
Car on sait tous dans ce parc, quelle est la sanction.

Tu vas être exclu, ton épreuve annulée, tu n’auras pas ton année.

Une silhouette gracile se détache des autres, elle n’est qu’à quelques rangs de moi, et s’avance timidement vers l’estrade. Je grimace tristement, tu es une fille. Solidarité féminine oblige, je m’émeus davantage devant tes larmes dans tes yeux et tes tremblements que si tu avais été un humain mâle.

 

Les regards te jugent.
Certains sourires sont méprisants. Beaucoup. Tu passes devant la Meuf qui agite sa chevelure en ricanant, son regard braqué sur toi.
D’autres, moi compris, affichent un visage grave.

Mais la plupart des gens te regardent sans grande émotion dans les yeux.

Affectif abrasé.

Ils n’ont déjà plus assez d’indulgence pour eux-mêmes, se flinguant au travail sans réfléchir, alors pour toi qui a fait une erreur mettant potentiellement leur année en jeu ? La bonne blague.

Les surveillants te regardent méchamment.
Ils ont tous oublié que nous étions humains de toute façon.

Je te perds, l’estrade est trop loin, je ne te vois plus.
Mon cœur se gonfle de compassion.

« Let the sky fall »

 

Birth
14.05.16

PACES médecine

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