Here and Now

" Huuum les premières fraises de l'année sont délicieuses, merci mami de me les avoir achetées "

" Tu peux faire un voeu alors " 

Et oui, étoile filante, pièce de monnaie au fond d'une fontaine, deviner sur quelle joue s'est déposé son cil ou 1er fruit mangé de l'année. Autant de circonstances où l'on peut faire un voeu.

Je rajouterai bien à la liste " 1er billet de l'espace participatif ". Si toi aussi tu veux écrire et participer n'hésite pas à m'envoyer ton article à docjunior17@yahoo.fr

 

Aujourd'hui Birth a sorti sa plus belle plume pour nous partager un très joli billet. Merci à elle.

Rendez vous en commentaire pour y lire ma critique de ce récit empreint d'humour et de légèreté. N'hésitez pas vous aussi a lui laisser un petit mot gentil si ça vous a plu, ça lui fera très plaisir et la motivera d'autant plus à écrire la suite :-)

Here and now
Jour J

 

No pain no gain

 

Réveil. Pas de pensées brumeuses, la vérité me saute dessus comme une gamine agaçante dès que j’ouvre les yeux.

C’est le Jour J. D-Day si tu veux te la jouer à l’américaine voire en mode « warrior » (Débarquement, D-Day, tu piges ? Bien, on continue). Trèves de divagations, c’est l’heure de se lever. Le réveil n’est agréable pour personne mais alors aujourd’hui c’est encore pire. C’est le JOUR. Celui que j’attends depuis neuf mois. (Non pas mon accouchement.) Le jour du concours.
 
Je me recroqueville sur moi-même, cuisses contre le ventre, front contre mes genoux. La position fœtale, c’est la base. Allez, une petite ellipse temporelle serait bienvenue. Je jette un coup d’œil sur mon portable. Le temps continue de s’écouler normalement, je n’y échapperai pas. Je repousse la couette et balance mes jambes hors du lit. Le froid m’agresse et le stress m’oppresse. On fera avec. Pas le choix. Même si l’envie de sortir de la chambre en courant et en agitant les bras en criant « Nooon ! » est très tentante, ce n’est pas une option. De un, je serais ridicule. De deux, il pleut et ce n’est franchement pas le moment de tomber malade (à deux jours des vacances, ça serait triste). De trois, il faut bien affronter la réalité, on ne peut plus reculer.

Quelques minutes après ces pensées, sans trop savoir comment, je me retrouve devant le parc des expos. Je lève un sourcil. Le temps est pluvieux, brumeux, et des centaines d’étudiants convergent vers le bâtiment, provenant de plusieurs entrées différentes.
On se croirait dans The Walking Dead. Ils déambulent vers le même endroit et sont tous prêts à te sauter dessus et à t’arracher la gorge pour gagner une place. On se foudroie tous du regard.  

Oh toi mon chou, je le vois dans tes yeux vitreux et injectés de sang. Tes heures de travail t’ont mis KO. Fatigué ? Ne t’endors pas sur tes QCM ou ton absence de vie aura été un sacrifice vain.  

Je fais la moue en voyant un doublant s’acharner sur ses fiches de SHS. Ton regard croise le mien, toi qui reviens ici pour la quatrième fois, avant que tu ne baisses les yeux, résigné. C’est fini pour toi ?

- Putain, je sais même pas pourquoi j’y vais. 

Je tends l’oreille, que dis-tu, compagnon carré ?

- 850ème au premier semestre, au mieux j’ai pharma. Pas envie de vendre des capotes toute ma vie. Je me réoriente. 

Je n’ai rien contre les pharmas. Je vous admire profondément pour avoir supporté la chimie orga au deuxième semestre. Mais lui, d’après ses cours de spé qui dépassent de son sac, voulait médecine.

Ma gorge se serre. J’aimerais t’adresser un signe d’encouragement mais je ne fais que sourire tristement. Tu le vois.

- Bizuth ? 

Je sursaute et réponds d’une voix mal assurée. Je ne pensais pas que tu m’adresserais la parole.

- O..oui.

Est-ce que ça se voit tant que ça ?

- Courage.

Mes yeux s’écarquillent. Pourquoi me souhaites-tu bon courage ? Nous sommes entraînés à nous entretuer à coups de Paper Mate Flair taille M, il te reste encore assez d’humanité pour m’encourager ?

- Merci, toi aussi.

Tu hoches la tête et tu t’éloignes avec tes amis. Je passe rapidement à autre chose, les immenses grilles se dressent devant moi.

- On pourrait écrire « Arbeit macht frei » au-dessus, lance une voix dans la foule.

Je jette un regard à l’auteur de cette magnifique référence qui n’est pas de très bon goût au lendemain du huit mai. Mais dans l’idée il a raison. Nerveusement, je vérifie pour la dixième fois en onze minutes la présence de ma carte étudiante et de ma carte d’identité. On avance lentement, comme un troupeau de moutons entre les grilles. J’écarte d’une main ma veste devant les agents de sécurité. « Je ne suis armée que de mes connaissances, aucune bombe sur moi les gars ».

On finit par arriver devant le hall. Les portes sont fermées. Normal, avec une heure et demie d’avance. On parle de tout et de rien avec mes compagnes de galère, on rit, on piétine, on piaffe d’impatience. Mes mains se tordent. J’ai mal au ventre. Et j’ai faim, n’ayant rien mangé, l’estomac trop noué pour le faire. Vingt minutes avant l’épreuve, ils nous ouvrent enfin. Je gronde.

- Toujours au taquet niveau organisation, ici. Premier jour, première épreuve, on va commencer avec trente minutes de retard, qui dit mieux ?

Autour de moi, des têtes approuvent. Le stress, l’énervement, l’agacement qui commence à pointer, se lisent sur le visage des uns et des autres. Le teint livide, les yeux fatigués, leurs cernes mangent leurs pommettes. Mais tous ont une lueur décidée qui montre qu’il y a encore une âme derrière ces personnes se pressant pour rentrer, trouver leur place et en finir.

 - Travée 15, place 2000.

Contrairement à la première fois, je n’ai aucun mal à la repérer. Je ne vois pas bien l’estrade au loin. Je m’assois, retire ma veste. Mes mouvements sont mécaniques. Je ne pense à rien. Je sors mes stylos, ma montre, je pose mon stress sur le bord de la table. Reste là toi.

Il n’est pas très obéissant. Comme un chat, il vient se blottir contre moi. Cependant c’est le genre de chat qui a traîné dans la boue et qui n’attend qu’un faux mouvement de votre part pour vous lacérer (et salir vos vêtements au passage). Je le tiens à bout de bras. Va voir ailleurs, va importuner le doublant prétentieux derrière moi qui parle fort et qui marmonne le trajet de l’artère iliaque interne. Tocard.

« Veuillez regagner votre place, nous allons procéder à l’émargement »

Procédons, alors ! Une tête familière s’approche de moi, une feuille à la main. Je fronce les sourcils avant de réussir à mettre un nom sur son visage. Coucou professeur, sais-tu que comme chaque année personne n’a rien compris à ton cours et que tout le monde va mettre tout faux sans même lire tes items ? Heureusement que tu n’as que deux ou trois questions à ton actif.
Je signe sa feuille avec ma plus belle plume (dire que plus tard, après quelques épreuves, ladite signature se transformera en un rond difforme. Passons) et il s’éloigne. Les murmures se font de plus en plus rares. J’observe ma voisine. Très jolie, les cheveux tirés en arrière, pas une mèche ne troublera ni sa vision ni sa concentration par la même occasion.

« Que ceux qui n’ont pas émargé se lèvent ! »

Dans un même mouvement, tout le monde regarde à gauche et à droite. Personne ne se lève, aucun surveillant n’a trop rêvassé de nos têtes perplexes devant des questions hors cours et n’a donc loupé le coche pour nous faire signer.

 

Petit laps de temps avant la distribution des sujets. C’est long. Si. Cinq minutes c’est long quand dans ta tête ça ressemble à ça :

« Au secours, au secours, mayday, mayday, j’ai oublié la date de la foutue loi sur la foutue fin de vie. Polycopié à la noix de vingt pages. C’était écrit en tout petit en plus, punaise mais je vois plus rien, je suis devenue myope moi en paces. Trop de soirées passées devant l’ordi à fixer avec un œil bovin des cours où je comprenais un mot sur deux. Oh j’espère que je comprendrai AU MOINS les questions.
Nan mais sérieux, les profs ne veulent pas être relus par quelqu’un d’autre, y’a toujours des fautes. J’suis sure que quelques minutes après le début de l’épreuve y’aura Michelle, spécialiste des annonces micro et qui se prépare depuis janvier à son moment de gloire, qui nous dira « Votre attention s’il vous plait, QCM 21, item C. Blablablabla. Une minute en plus. »


Et tout le monde foncera sur la question 21 et grognera sa désapprobation « Vous nous dérangez parce que le prof a écrit deux fois le mot « et » ? Vous êtes sérieux ?! » avant de retourner aux premiers QCM.
Ah punaise mais allez, vous attendez quoi pour distribuer les sujets ?! Vous prenez votre pied en nous voyant stresser ou ça se passe comment ? Mais al… »

« Les surveillants peuvent distribuer les sujets, face cachée »

Oh. Le moment est venu. Je vois le même prof s’approcher avec une pile de sujets qu’il plaque un à un sur les tables des candidats devant moi. Je serre les mâchoires et prends mon fidèle feutre en main. Je le fais tourner négligemment entre mes doigts. J’ai l’air « posay babay, je vais tout déchirer » mais en vérité le seul truc que j’ai envie de déchirer c’est ma feuille. Rapidement, je repense à mon premier semestre où j’ai bien souffert et au deuxième qui m’a renversée à terre et ne m’a jamais laissée me relever. Je serre les mâchoires, tu vas pas craquer maintenant, ma fille, pleure quand ça sera fini. Année de merde. Le sujet est posé devant moi. UE7. Je prends une grande inspiration, la santé publique je maîtrise. Le reste, moins.

« Que les étudiants qui n’ont pas de sujet se lèvent »

Raclements de chaises. Oh punaise, non. Déjà ! C’est reparti pour quelques minutes d’attente. Ma voisine soupire, je fais de même. Vous me gonflez. On a de la chance, les sujets sont rapidement distribués. Je vois ma cousine au loin. Son regard chocolat croise le mien et j’y puise tout le courage que ma famille peut me donner. Je détourne les yeux. Les secondes s’écoulent. Le moment approche.

« Vous pouvez commencer »

Ma main saisit le sujet, le retourne violemment. Première case noircie.
Deux.
Trois.
Quatre.
Cinq.

..
Dix.
Onze.

Vingt.
Vingt et un.

« Votre attention s’il vous plait, QCM… »

Je souris.

Birth
13.05

 

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