Le jour se lève

Récit d’une journée type de ma paces, entre peines, joies et découragements 4/4

Pour lire le 1er billet, le deuxième billet, le troisième billet



21H30 : A table ! Ma grand-mère m’avait donné un petit panier repas que j’ai ramené de chez moi. Pas besoin de faire les courses = temps de gagné. Comme le RU en fait qui évite de laver sa vaisselle ou de perdre son temps au supermarché du coin !
Je vais chez un ami avec mon repas tout prêt. Il est dans ma résidence à l’étage du dessous. Et discute rapidement de la dernière colle. Mais intraitable je ne lui dirai pas les pires pièges. Sinon autant qu’il n’y aille pas c’est inutile de tout connaître à l’avance. Surement que certains trichent mais quel est l’intérêt d’avoir un classement qui ne reflète en rien la réalité ?
Puis on mange devant un manga animé. Ou une série ça dépend. Un court plaisir mais tellement essentiel.

 

" On ressort vivant de sa PACES, pas indemne "

 

Une frêle bouée à laquelle se raccrocher pour ne pas sombrer dans les abysses pacessiens. Si frêle mais si essentielle. Je l’ai dit et je le répète encore et toujours. On ressort vivant de sa paces, pas indemne. Plus ou moins meurtris si on n’a pas su se gérer. Comme moi, souvent à craquer sans assez profiter de ces moments ô combien nécessaires et vitaux.

Oh ma pauvre " Léa " * comme je te comprends. Tellement... Je suis passé par là moi aussi tu sais ? Je sais que c'est dur, si dur, tellement dur. Mais ne lâche pas s'il te plait. Car rien est jamais joué jusqu'au bout, car c'est un métier merveilleux qui t'attend, car ça en vaut la peine, car ce n'est qu'un an sur une vie. Alors, tiens bon, tiens le coup car ça en vaut le coup. Ne te tord pas le cou et résiste.  Tiens bon. S'il te plait. C'est difficile, je le sais, je suis passé par ce chemin de croix. Alors, moi aussi, je comprends. Je te comprends tellement...

 

* De par " Léa ", je veux parler à tous les P1. Car elle n'est pas seule, loin de là. Ce qu’elle vit, ce qu’elle subit, tant d’autres l'ont vécu, le vivent et le vivront. Finalement elle est universelle dans des sentiments pourtant personnels, chacun étant unique et différent...

Alors plus globalement, à tous et à chacun, tenez bon !

 

" Quand on en peut plus il faut parfois savoir dire stop "

 

Chacun vit sa paces différemment mais tout le monde a du mal. Il y a tant de facteurs entrant en jeu. Tant pour nous amener à l'échec et mat. Tant pour nous décourager. Tant pour nous influencer.

La fatigue, le moral, les classements, l'environnement, la famille, la réussite, la personnalité, les amis, l'entourage, l'hygiène de vie, le rythme des cours, leur contenu, le lieu de travail, la nourriture, le sommeil, la résistance au stress, à la pression, à la fatigue, au découragement, les notes aux colles et aux concours blanc venant sanctionner son travail, la réussite, l'état psychologique, physique, la confiance en soi, la capacité à travailler, à relativiser aussi bien sa réussite que ses échecs)...

 

Tout cela et bien plus entre en jeu sur l'échiquier. Tous ces facteurs et tant d'autres. Certains dépendent de nous, d'autres pas. Mais ils sont tous propres à chacuns. Individuels. Uniques. D'où le ressenti personnel et exclusivement individuel qu'on a de sa P1. 

Personne ne dira que c’est facile et que c’est une partie de plaisir. Certains ne travaillent pas assez. Tant pis pour eux. D’autres tentent de travailler malgré tout contre vents et marées. Mais quand on en peut plus, il faut parfois savoir dire stop. Ne pas s'obstiner. Lâcher prise pour la reprise, ensuite mais pas tout de suite. Pas maintenant car c'est bien trop épuisant. Inneficace de continuer à bosser alors qu'on est mentalement crevé comme un vieux pneu totalement essoré. Rincé, retourné dans tous les sens dans cette eau savoneuse. Ne pas entrer sur cette pente glissante de la dépression. C'est si dur alors que ça parait si simple extérieurement. Mais parfois, à certains moments, il faut savoir prendre un break. Ne pas nager à contre courant, ne pas culpabiliser de ne plus être en train de travailler. Ou c'est la noyade assurée... 

 

Le nombre de fois où je n’en pouvais plus et je m’obstinais à continuer. Perdant inefficacement du temps alors qu’il aurait été préférable de se vider la tête pour mieux se remettre en selle. Complètement désarçonné. Ejecté de cette course galopante menant au concours. Car si on déprime, inutile de perdre son après-midi a sombrer encore plus dans ce gouffre, à ne faire que 3 pages d'un cours à la saveur âcre et à l'arrière gout amer.

Autant perdre une, deux, trois, quatre heure à se reposer, vraiment se reposer en se détendant, faire du sport pour repartir à l'assaut ! Pour pouvoir revenir au combat, déminer la route, déjouer les balles et la mitraille plutôt que de lancer une attaque suicidaire qui nous laissera pour plusieurs mois blessé, agonisant sur les berges de la P1. Vaincu par le courant. Intérieurement mais aussi bien exterieurement. Cependant, c’est une autre histoire que je vous raconterai au fil et à mesure de mes récits sur la paces…



22H30 : J’ai pas envie de bosser mais je ne dois rien lâcher. Il est temps de s’entraîner aux exercices. Il faut s’exercer tous les jours ou presque. Acquérir des automatismes, savoir résoudre immédiatement chaque exercice type. Utiliser les formules jusqu’à les maîtriser de long en large. Et c’est au prix d’un travail quotidien et acharné que ça se fait.

 

" Force, Courage, Honneur "



Force. Courage. Honneur. Voilà les qualités d’un bon P1. Besogneux, acharné, au moral à toute épreuve. En voici d’autres. Et avant d’être en paces on se dit que ce sera dur mais qu’on y arrivera, qu’on apprendra tout par cœur et qu’on écrasera les autres. Sauf que non. Ce n’est pas humainement possible. Ce ne sont pas les règles du jeu. Ce serait beaucoup trop simple…

Ce n’est qu’une fois au beau milieu de la bataille* que l’on réalise enfin ce dans quelle guerre on s’est engagé. Quoi qu’on ait pu te dire, quoi que tu aies pu lire, tu ne le comprends que si c’est dans ta vie quotidiennement. Sous le feu de la pression dans la conquête du chemin des dagues*. Sans pouvoir retourner, sans oser se mutiner. Ou c’est la cours martiale et l’exécution assurée…

 

* Petite allusion à la bataille du chemin des dames, bataille terrible qui conduisit à de nombreuses mutineries réprimées dans la sang par l'état major français. Oui je persiste et je signe la PACES est bien un combat (contre soi et les autres).

 

Tu ne comprends vraiment que quand tu le vis, quand tu le subis

 

Si tu le vis, si tu le subis. C’est là aussi que se fait la différence fondamentale entre primant et doublant. Le premier en a peut être entendu vaguement parler. Le second l’a vécu et sait dans quoi il s’apprête à s’engager. Se faire avaler dans une année compliquée, se faire gober par ce marathon pacessien. Dévoré par la fatigue et la pression. La détente et la joie complètement hors de soi aspirée alors qu'il faut au contraire essayer d'en garder. 

Mais tout ça, il faut le vivre pour le comprendre !

(quoi que lire des blogs, différents points de vues et des articles comme celui-ci aide un peu, mais jamais totalement).

 

" Seuls les plus motivés réussiront "

 

00H00 : Une petite demi-heure de lecture ou d’émission à la radio puis dodo. Pour dormir le plus longtemps possible, je me réveillerai 15 minutes avant les cours et je sprinterai comme toujours. (Sprint non comparable à celui effectué le lundi matin).
La paces, c’est crevant, épuisant et routinier. Mais c’est une sélection. Brutale, dure certes mais obligatoire. Mais on ne peut pas lâcher. On ne doit pas lâcher. Seul les plus motivés réussissent. Et moi je ferai partie de ceux-ci ! Quand on est au fond du gouffre, c'est là que tout se joue. Car tout le monde passe par là. Absolument tout le monde ! Et ce seront ceux qui arriveront à en sortir, à s'échapper de cette profonde masse de noirceur les premiers seront ceux qui parviendront à atteindre les sommets !

 

On apprend à travailler réellement, à profiter de la détente pleinement, on s'endurcit aussi au contact de la vie


Des journées semblables, j’en ai vécu plein. Epuisant moralement, fatiguant intellectuellement, abrutissant mais aussi enrichissant. On apprend à travailler réellement, on s’endurcit après être passé par des moments si compliqués. On apprend à profiter pleinement des moments de détente. Et il faut sinon on craque. Tout n’est pas si horrible en P1 mais tout n’est pas rose. Loin de là. Très loin de là. Extrêmement loin de là. A des années lumières, des galaxies. Oui, il y a des bons moments ! Il faut se les créer, pleinement en profiter pour repartir de l'avant ! Et ces derniers sont d’une nécessité absolue si l'on ne veut pas finir dans les derniers.

Mais des instants de doute, de fatigue et de découragement, il y en a aussi (et surtout). Du stress, du travail à la chaîne, c’est quotidiennement. Car c’est un marathon, une course de fond. On a un objectif, une ligne d’arrivée que l’on se fixe. Et on avance dans le sombre tunnel, lentement.

 

C’est une longue nuit d’une voire deux années (ou trois) pour certains. Une longue et éprouvante marche dans l’obscurité. Mais moi je suis à présent sorti en pleine lumière. Tout ceci est du passé à présent. Mon destin je l'ai pris en main. Et je regarde désormais au loin...

Car le jour se lève…

 


Ces 4 articles ont été un petit interlude dans mon récit de la paces puisque j’ai un peu combiné tous mes souvenirs et mes impressions sur des dizaines de mois de paces pour les rassembler dans ce billet. C’est pour ça que ce n’est pas exactement pareil que les billets précédents et suivants sur ma péhun.

Et on reprendra notre histoire du pauvre petit P1 que j’étais perdu devant ses cours quand j’aurai le courage de me mettre à écrire ces billets sur la paces qui sont assez difficiles à rédiger actuellement. Intellectuellement. Psychologiquement. Au niveau du style également.
 
Je vous parlerai aussi de ma première colle, de mes difficultés d’adaptation, de l’anatomie, du stress, des concours blancs et du concours. Puis viendra un résumé du deuxième semestre et les résultats définitifs !

J’espère que vous avez apprécié le récit en 4 billets de ma journée type de paces. Si oui n’hésitez surtout pas à me le dire et à commenter, ça fait plaisir. Si vous avez des questions n’hésitez pas non plus ! Je répondrai avec plaisir aux P1/futur P1 (et aux autres bien sûr) que je ne veux absolument pas dégouter.

Gardez en tête que pour tous la PACES est une année très très difficile, fatiguante, stressante. Mais elle peut être parfaitement " vivable " si on s'organise bien et que l'on adopte le bon état d'esprit. Ce qui n'a pas toujours été mon cas surtout au début mais ça reste personnel et propre à chacun. Mon expérience de la P1 ne sera pas nécessairement la votre même s'il y aura forcément des similitudes. Cependant il faut savoir que ça n'a pas été une des période les plus heureuses de ma vie, loin de là. D'où des billets plus sombres. Et j'en suis parfaitement conscient...

PACES découragement fatigue souffrance obstacles difficultés travail études médecine

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.