Nuit ou jour

Paces copie 1

Récit d’une journée type de ma paces, entre peines, joies et découragements 1/3

 

5h45 : Debout ! Il faut se dépêcher ! Pas une seule seconde à perdre, comme toujours pendant cette maudite année. J’ai mes places à réserver ! Et il est hors de question que qui que ce soit me les pique ! J’enfile le jean et le polo qui traine au pied de mon lit. Dans l’urgence, pas de temps à perdre !
Et mon ptit déjeuner ? Tant pis pour lui, il sera pris dans l’amphi tout en bossant…

6H : …. … … Je reprends à peine mon souffle. J’ai couru comme un dératé jusqu’à la fac. Une des rares fois dans la semaine où je fais encore du sport… Comme d’habitude les portes étaient fermées et j’ai escaladé la barrière sur le petit côté. Tout en évitant de tomber dans le ruisseau 4m plus bas. On est mi-novembre. Il fait froid, c’est humide et verglacé, ça glisse. Mais je ne tomberai pas, je passerai, coute que coute ! Heureusement que je ne le fais qu’une fois par semaine. Le lundi histoire d’avoir eu le weekend pour me reposer. Car la décharge d’adrénaline et de fatigue pour réserver les places nous vide de toute énergie. Pendant la journée on est complètement épuisé, la batterie à plat, plus de jus dans le compteur. Alors il faut se caféiner pour tenir. Autrement c’est le coupe circuit assuré. On risquerait de disjoncter dans cette année déjà si risquée…

Nous, on va dans l’amphithéâtre du prof pour tutoyer les dieux. Il faut donc être héroïque pour mériter cet honneur. Mais beaucoup choisissent les « petites » salles de 100 places ou l’amphi 500 en visioconférence. Où l’on voit les diapos défiler une à une sur l’écran. Où l’on entend l’illustre enseignant sans jamais le voir. Ni pouvoir lui poser des questions une fois la messe dite… Ce n’est pas ma religion !

6H20 : Mince il se met à pleuvoir et je n’ai pas de parapluie. Inutile de demander aux autres, il faudra patienter avec ma frêle capuche comme seule protection face aux morsures des éléments… J’ai froid très froid et je suis trempé. Faudra que j’y pense la prochaine fois je prendrai un vrai blouson, des gants, un bonnet et une écharpe. Se faire lacérer la peau par la bise nordique n’est pas une sensation que je qualifierai d’agréable…

De toute façon qu’on soit dans le sud ou dans le nord, à cette époque et à cette heure, le vent est toujours nordique. Il transperce les mailles de nos vêtements et se fraye un chemin pour aller lacérer notre chaleur (= force vitale). Et nous la dérobe. Sans aucune autre façon, sans autre forme de procès. Dans cette année prenant la forme de jugement ultime…

L’attente est longue parmi mes camarades P1. Nous formons la garde de la nuit à l’entrée de l’amphi… Le lundi ce sont souvent les même personnes qui réservent alors à la fin on finit par se connaitre, un peu…

6H45 : La lumière s’allume et sort des zombies de leur léthargie. Les muscles ankylosés se tendent prêt pour une course vitale, la chasse aux places. Entre temps il en est arrivé du monde. Qui se presse aux portes et s’agglutine comme des abeilles sur du miel. Mais moi j’étais ici parmi les tout premiers arrivés. Et mes places jamais vous ne les aurez ! Ça y est l’employé débarque pour ouvrir la porte et libérer l'essaim. Chacun essaye de se mettre en position, de se placer pour le sprint royal en direction de la ruche. Comme les coureurs du tour de France pour l’arrivée de l’étape. Mais chez nous il n’y a pas d’équipes. Chez nous, il n’y a que des concurrents. Des concurrents prêts à tout pour passer en premier la ligne d’arrivée. C’est une course, enfin non c’est un marathon. Marathon que je compte bien remporter !!!
La porte s’ouvre. Le torrent se déchaîne. Mais je surf par-dessus et j’ai mes places. Comme d’habitude j’ai envie de dire. Ou presque. Et les quelques dérouillantes verbales que j’ai pu me prendre de mes camarades les rares fois où j’avais échoué ont été mémorables. Je ne prendrai plus de risques à présent…

Je dépose mes feuilles sur les tables et je reste vigilant pour qu’on ne me les pique pas. Je les défendrai bec et ongles s’il le faut… Heureusement il est rare d’avoir trop de problèmes une fois qu’on a placé ses feuilles. Mais quand ça arrive il ne faut pas se laisser impressionner. Toi tu t’es levé aux aurores pour les avoir ces places dans l’amphi du prof. Hors de question que celui qui se l’est coulée douce arrive tranquillement pour te prendre ce qui t’appartient de droit ! Quoi qu’on ne peut plus appeler la paces un état de droit. C’est une année injuste, un combat, une lutte. Permanente. Contre les autres mais aussi et surtout contre soi ! "N'oublie pas qui est l'ennemi"

7H-8H30 : Un bon ptit déj acheté à la fac et un café. En fait souvent un paquet de biscuit ou des napolitains. Et pour les faire passer, un bon petit cours est toujours agréable. A vrai dire si j’ai choisi le lundi c’est car il y a toujours anatomie (UE5). Et comme ça ne dure qu’une heure et demie on commence 30 minutes plus tard que les autres jours (sauf le Jeudi où il y a aussi UE5). Et je peux travailler un peu plus du coup.

8H30 : Le dieu prof arrive enfin. C’est un vrai chirurgien (oui un vrai de vrai), une pointe du CHU (et il fait des conférences partout dans le monde, souvent même il va à Tokyo pour rencontrer d’éminents Japonais, ouah).

Mes camarades aussi sont arrivés il y a peu. Le silence se fait. Le cours peut commencer. Les doigts martèlent le clavier, les stylos grattent le papier. On est tous concentrés, monstrueusement attentifs. Un mot raté = 1 place enlevée. Une phrase oubliée = 10 places à rattraper. Enfin non mais si jamais le QCM portait sur la partie oubliée ? On aurait appris tout le cours pour rien…

1 cours raté, paces manquée. Bon j’exagère un peu là mais on ne peut pas se permettre d’avoir des trous. Surtout que quand on commence à prendre du retard, c’est incroyablement ardu de rattraper le wagon en route. Et on reste sur le quai tout le long du cours à courir après les sacrées paroles du prof. Divines bribes de connaissances lancées à plus de 200 km/h sur les rails du cours menant au concours...

Parfois, par chance on peut croiser une petite navette de secours. On peut enfin croiser quelqu’un. A bord, nos (rares) amis ou le podcast (quand il y en a un).

10H00 : Je me précipite au tableau prendre les photos des schémas. Telles d’anciennes et précieuses reliques, elles sont indispensables sur les voies obscures et impénétrables de la réussite. Là encore c’est la cohue, la bousculade. Je ne suis qu’un insignifiant P1 dans la masse. Je me sens écrasé. Mais oui, oui, je compte bien m’extirper de cette mélasse gluante et uniformisante !

Vite vite avant que le prof (dieu) parte il faut que je lui demande si le muscle pectiné fait partie des pelvis trochantériens ou pas ! Ah mince il y a déjà par ma barbe malheur une quinzaine de personnes qui le monopolise. Je devrai me contenter de la réponse des tuteurs. Ah ces tuteurs je les prends pour des êtres supérieurs eux aussi. Ils ont réussi la P1, ils savent tout sur leur matière. Vraiment je les admire tellement et ils ont l’air si sérieux et prêt à nous aider. Chapeau à ces demi-dieux !

[Remarque d'une amie : Tu as vu tu es devenu un demi dieux pour les paces (tuteurs) même si plusieurs t'ont assimilé à Hades plutôt qu'à Hercule suite à tes merveilleuses colles x)]

10H15 : Fin de la pause. Début du second cours. C’est de la génétique. Ah super on a un polycopié pour celui-là, ça devrait être plus tranquille. Sauf que non y’a que des schémas sur ce poly de merde !!! Vite changement de plan avant que l’opération ne soit ratée. On rallume son ordi de survie et on essaye de recopier le plus vite possible les diapos. Qui défilent à toute allure sous les grognements d’énervement ou les râles d’agonie cérébrale de ceux qui ont été trop lents. Tant pis pour eux. C’est triste mais c’est un concours. C’est comme ça. C’est dur. C’est inhumain. Mais c’est ainsi.

Marche ou crève, travail ou abandonne, fond toi dans le moule du bon petit P1 ou échoue. Il n’y a pas de place pour la pitié dans ce nouveau monde. Comme les conquistadores devant les indiens d’Amérique, c’est la loi du plus fort qui prime. Pas de pitié dans cet océan de requins donc, les faibles se font dévorer… Par la pression, par le stress, par le rythme et la quantité de travail, par la fatigue, par le manque de vie sociale, par l’ampleur de la tâche qu’ils ont à accomplir.

Bienvenue en PACES !
Puisse le sort vous être favorable !*

Paces copie 1

* Il n'y a pas de sort, pas de hasard en PACES. Que du mérite. Ceux qui passent se sont battus pour leur survie et ont survécu à l'arène. Tout simplement.

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