Habillez-vous, rhabillez-vous qu'ils disaient

  • Par docjunior
  • Le 19/09/2016
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Tu te déshabilles ici. Entièrement, enfin presque, tu gardes ton boxer si tu veux. Tu te laves les mains et tu entres. 1er SAS. Fais attention, tu ne pourras pas revenir en arrière une fois la porte franchise. SOS. On t’avait prévenu pourtant ! Et malgré ça, une fois tu te feras emprisonner et délivrer par le plus grand des chirurgiens, celui qui t’a fait cours d’anatomie en P1 ! Moment de gêne. Intense. Erreur de débutant non ? Ça tombe bien c’est exactement ce que tu es. Pour l’instant en tout cas. Plus le temps passera, plus les stages s’accumuleront et plus ça changera !

Tu mets ensuite un pantalon, un pyjama, ta charlotte et ton masque ainsi qu’une paire de chaussons. Tu te regardes dans le miroir. Impressionné par ton reflet. Ça en jette ! Tu te passes une pression de SHA. Puis tu entres. Bienvenu dans un nouveau monde !

 

Carte du service, ne te perd surtout pas ! Tu n'as plus d'excuse maintenant !

 

1er habillage. L’habillage facile en fait, celui que tu sais faire d’emblée sans trop de difficulté.

2ème habillage. La tenue de bloc. La galère. 3ème jour de stage, après avoir déjà assisté à 2 opérations. Une réduction mammaire assez impressionnante par la quantité retirée d’environ 1,5kg des deux côtés (soit 5 fois plus que le minimum pour se faire rembourser par la SECU)1ère opération. Ta toute PREMIERE opération. Juste un mot te viens à l'esprit. Ouawww ! 2ème opération, le lendemain : reconstruction mammaire par une technique de lambeau. On prélève par microchirurgie minutieusement de la graisse abdominale avec ses artères pour la brancher sur l’artère mammaire interne (durée de l’opération 8H - ??? Tu as du partir à 13H, fin du stage). Autrement dit, tu es devenu pro de l’escabeau, où tu te perches pour arroser la salle de ta curiosité et de tes grands regards de grand curieux.

 

  

Mon regard, aussi captivant que passionné au bloc, voir même à n'importe quel stage tout court !

 

Tu as discuté un peu avec les infirmières, les anesthésistes et même (un peu) avec le chirurgien. Ou plutôt la chirurgienne. Incroyable, que ce soit en service de consultation ou au bloc, tu tombes à chaque fois sur elle. Et tu te dis qu’elle envoit du lourd, surtout au vu de la complexité de ce qu’elle fait et de sa maîtrise. Son interne qui l’accompagne (presque jour et nuit on dirait !), a l’air elle aussi assez balèze. Même si rien avoir par rapport à la chirurgienne, THE chirurgienne qui t’impressionne de par son calme, sa maitrise et sa technique. Ce qui te surprend le plus en fait, c'est que jamais, au grand jamais on t'a fait sentir que tu n'étais rien (pour ne pas dire pas grand chose), jamais on ne t'a pris de haut alors que tu t'attendais complètement au contraire !

Lors de la reconstruction mammaire tu étais au bloc froid, en haut, et tu as eu un petit mouvement de recul (oui bon en fait tu t'es même cogné contre le mur) quand l’interne a pincé une artère et qu’un tout petit peu de sang a giclé, ce qui a fait sourire toute la salle (enfin, tu le supposes car les masques t'empêchent de voir quoi que ce soit des expressions faciaux-cutanées, d'ailleurs ces masques masquent tes orifices nasaux et altèrent ta fonction respiratoire, enfin on s'y fait à la longue. Oui toi aussi tu essayes de te la jouer en termes médicaux, histoire de montrer que tu sais des trucs toi aussi, alors qu'en fait c'est surtout un vernis qui craquèle facilement, d’autant plus que ça ne voulait strictement rien dire. Enfin bon bref, passons).

Donc voilà, regarder tu sais faire. Temps de passer à l’action non pour ton 3ème jour ?

 

Salle ambulatoire (vous savez, c’est là où les patients viennent et repartent dans la journée). Plaies de la main, menuisiers qui s’ouvrent avec une scie, couteau qui glisse, nerfs tranchés, bref SOS main on est là pour soigner !

 

Brrrr ça fait froid dans le dos hein d'imaginer ce qu'il pourrait se passer si on venait se frotter à ça ? Enfin c'est plutôt la main et le bras qui sont concernés...

 

Enfin on, pas vraiment toi, tu ne fais que regarder, d’ailleurs tu as vu cette fois-ci comment on faisait l’anesthésie loco régionale du bras avec l’aide d’une échographie, la médecin anesthésiste t’ayant tout bien expliqué ce qu’elle faisait, ce qu’on voyait ! Et ça ressemble beaucoup sur l’écran aux coupes anatomiques que tu as vues en P1. ET oui ça sert de savoir qui est quoi, quel nerf il faut piquer ou pas, et où ils se trouvent. Tu te dis à ce moment qu’un petit rafraichissement de ta mémoire ne pourrait être que positif).

 

Enfin bref, tu es vraiment impressionné, et motivé pour apprendre ou ré-apprendre tes cours, de voir ce qui t’attend un jour, peut-être. Dans les salles ambulatoires nommées selon les noms de peintre célèbre il y a de tout. De l’ophtalmo, de la plastique, de l’orthopédie ou de la gynéco. Et oui, tu sais tout ça car une aide-soignante t’a gentiment fait visiter le service en arrivant. Quelle chance tu te dis. Jamais personne en stage n’a vraiment été désagréable avec toi, tout le monde est prêt à transmettre, expliquer. Certains plus que d’autres c’est vrai. Mais tout de même. Un jour tu l’espères fortement ça sera ton tour à toi aussi. Parce que pour l’instant, c’est surtout par maladroit/trop mignon/gentil/curieux/intéressé qu’on te qualifierait. D’ailleurs il va être temps d’illustrer un de ces adjectifs !

 

« Tu as déjà mis des gants ? Vas y alors ! » Ça, c’est une éminente chirurgienne, enfin THE éminente chirurgienne que le sort te fait suivre au jour le jour, où que tu ailles, enfin tu l’as déjà dit et redis n’est-ce pas ? Bref, elle gère (la crack de la discipline, la pro des pro, limite à coller un poster d’elle dans ta chambre, c’est pour dire). Et elle t’autorise à t’habiller.

 

L’externe qui a pour mission de t’expliquer, sans pouvoir te montrer (ça coute cher quand même les tenues). Toi c’est ta première fois (comme souvent en fait à l’hôpital). Tu es lent, le temps ralentit en s’accélérant. Tu regardes la chirurgienne s’habiller, avec son interne, se laver les mains avec habitude, s’habiller rapidement et efficacement, enfiler leurs gants stériles en 1/10ème de seconde alors qu’il t’en faut le centuple pour y arriver (et pas toujours). Et encore, plutôt même le milluple ! (oui tu inventes même des mots et alors ;-P ). En fait quand tu la regardes ça te fait penser à la fois où tu as vu un pâtissier séparer les blancs des jaunes d’une douzaine d’œufs dans le temps qu’il t’aurait fallu pour un seul. 

On dit que l'habit ne fait pas le moine, pour le coup ici si !

 

1er lavage jusqu’au coude, avec la petite brosse à gratter pour bien frotter de partout (garanti, plus de peaux mortes après, c’est mieux que chez l’esthéticienne !). Puis lavage et séchage à l’eau tiède (enfin, oui vous m’avez compris [Comme De Gaulle], on ne se sèche pas à l’eau hein !). Garde bien tes mains vers le haut pour que toute la saleté ne retombe pas dessus te lance l’interne. Tu t’exécutes, tel un automate, bras vers le ciel (enfin le plafond), comme si tu priais, sans succès, les dieux de la chirurgie de bien vouloir t’aider, les mains et les bras décollées du corps, façon pantin désarticulé.

 

Ouais, ça donne à peu près ça...

 

Entre temps, elles sont habillées, elles y vont en mode supergirls power * rajoute une musique épique, n’importe laquelle et imagine les entrer dans la salle de bloc !  *

Reste l’externe, qui continue à t’expliquer. Toi tu viens à peine de finir le premier lavage, tu as bien mis du savon sur toi mais tu as oublié d’en mettre sur la brosse. Ça ne mousse pas, logique, surtout pour le petit mousse du service ;-)

Cette fois-ci c’est bon, tu te laves à l’eau tiède, et tu en fous partout (oublie pas, tu as les bras enmoussés jusqu’au cou ! Enfin jusqu’au coude, c’est presque pareil non ? Véritable petit bonhomme empapahouté, le petit M. Mousse du service en fait !

 

Justement ça c'est toi, la petite mascotte du navire, sauf qu'on est à l'hôpital et pas sur un bateau !

 

2ème étape, le SHA (solution hydro-alcoolique), jusqu’au coude là aussi. Et malheur à toi si tu appuyes sur la bouteille délivrant la précieuse solution aseptique avec autre chose que les mains. Sinon tout est à refaire, tu n’es plus stérile. Bien sûr, la logique veut que tu en mettes trop, et que donc, ça mette 15 plombes à sécher. Logique de l’ignorant respectée, tu as pris du plomb dans l’aile et le temps continue de défiler. Vite ou bientôt, il n’y aura plus rien à voir ni à faire.

 

3ème étape. Relavage des mains (uniquement) au SHA. Noooon n’appuye pas avec tes mains pour en prendre ou c’est une soufflante que tu te prendras. Merci toi l’externe pour t’avoir sauvé à une fraction de seconde prêt de l’erreur impardonnable que tu allais commettre. Ce petit instant de déconcentration qui aurait pu t’être fatal. N’oublie pas de garder les mains loin de toi et de ne jamais rien toucher ! Et le temps continue de passer. Et ton stress de malaise lui aussi d’augmenter. Tu te sens gourde comme pas possible dans ton désert de solitude, maladroit et pataud, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Continuons !

 

4ème étape, la tenue de bloc, l’externe te la tend, elle vient de la déballer du sachet et elle continue de t’expliquer et d’accomplir sa mission qui révolutionnera le monde ! Enfin, ton monde, ton petit monde à toi. Mais c’est déjà pas mal non ? Beaucoup même !
Tu places tes mains comme ça, tu mets la tenue dans ce sens et tu l’ouvres, ça va se déplier tout seul. Non pas dans ce sens-là ! Ni là !! Pas comme ça non plus !!! Ah si je pouvais te montrer en même temps ça serait plus simple. Ouii voilà comme ça et tu passes tes bras dans le trou. Un petit geste pour toi, une grande victoire personnelle. Enfin, une victoire qui en a mis du temps. Et pendant ce temps l’opération continue !

 

5ème étape, les gants stériles. Des gants spéciaux, stériles donc à mettre de manière … stérile (et oui trop fort, tu l’as deviné !). Sauf que voilà, c’est pas encore ton fort ça. La dernière fois que tu en as mis, c’était à ton stage infirmier, il y a plus d’un an de ça. Autant dire que ça date, surtout que tu n’as jamais appris la bonne méthode pour vraiment bien les mettre efficacement, ce qu’une super aide-soignante ou infirmière, tu ne sais plus t’expliquera par la suite. Sauf que voilà, le retour vers le futur, hormis dans les films ça n’existe pas, pas encore tout du moins. Alors observons comment tu te débrouilles….

 

Les voila ces fichus gants stériles contre lequels je m'étais déjà battu lors du stage infirmier. Pas sûr que j'ai gagné au final...

 

Huuum, plutôt mal à vrai dire. Même terriblement mal. Oh ça oui c’est pas terrible, pas terrible du tout même ! Huum oui, à t’observer on peut pas dire que ce soit très glorieux. Pas sûr que tu finisses dans les manuels d’histoire. Quoi ? Tu ne peux pas poser les gants dans leur paquet sur la table comme tu as toujours eu l’habitude de le faire jusqu’à présent ? Quoi ?? Il faut les tenir sans les poser pour les enfiler ? Quoi ??? Les deux en même temps en plus !!! Mais tu ne sais pas faire ça tu gémis. Sauf que trop tard tu es en tenue alors démerde toi ! Alors tu enfiles bourde sur bourde, tu te coinces le doigt dans le mauvais endroit, tu galères, ça tire, ça bloque, ça coince. Attention tu vas te destériliser lance l’externe. Tu réussis pour une main. Youpidouuuu !

Reste l’autre. Argh, le plus dur. Ne touche pas la partie non stérile du gant, tu peux tirer au bout pour décoincer un peu, tu enfiles ta main. Sauf que bien sûr entre temps, tu as retourné le gant dans ton stress sans y faire attention. Ah oui je précise. J’avais oublié d’en parler de  celui-là ! De ce fichu stress qui te rend plus maladroit que tu ne l’es déjà. Car tout le temps l’externe t’observe, tu t’excuses de ta nullitude, elle te répond que c’est normal la première fois mais doit surement penser «  pfff quelle quiche celui-là ! » A vrai dire tu dirais même plus ! Tu fais honte à la Lorraine par cette comparaison. Surtout que mettre des gants tu y es quand même arrivé.
Alors ça ne rate pas, tu te dis qu'il’y a du avoir erreur quelquepart quand ton  petit doigt se retrouve à la place du pouce. Et impossible d’inverser l’inversion ! Mince, bordel (en fait tu restes polis quand tu le racontes mais tu n’as pas pensé que ces deux mots, ooh ça non !), comment vas tu faire ?

 

Alors bon tant pis. Va pour une prochaine fois. Essaye encore avec plus d’expérience sur les gants stériles et le souvenir de ce raté en tête, ça ira plus vite. C’est sûr. Entre sans tenue de bloc devant la chirurgienne pour afficher ton échec qui sera heureusement minimisé. Entraine toi encore à en mettre (enfin pas trop, ça coûte cher les gants) en demandant la technique aux infirmières, aides-soignantes jusqu’à enfin y arriver, sans trop de mal (enfin, c’est ce que tu as eu l’impression après 5 paires à 2 euros l’unité gâchées pour acquérir ton expérience). Et là, seulement là, juste là, essaye encore. La prochaine fois, ça ira.

Habillez-vous, rhabillez-vous qu’ils disaient !

 

Saluuuut c'est moi en tenue de bloc " visiteur "  avec un tablier de plomb. Oui c'est assez lourd ^^
Merci à toi K*** (même si jamais tu viendras ici je pense ^^) de m'avoir proposé de me prendre en
souvenir puis de me l'avoir envoyé, ainsi que de m'avoir fait visiter le service :-D

difficultés stage hôpital D1 bloc chirurgie

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