Le miroir

  • Par docjunior
  • Le 23/03/2018
  • Commentaires (2)

Le verre, la glace. Si lisse, si plat mais d'un coup si tranchant quand brisé. Illusion ou réalité ? Reflet de soi ou de son âme et humanité ?

Qui vois-je en me regardant ? Est-ce moi ou mon reflet ? Qui suis-je ? Qui c'est moi ? Qu'est-ce que ça veut dire dans un monde singulièrement uniforme dans sa diversité et sa globalisation. 

Qu'est-ce que l'individu ? Qu'est-ce qu'un externe parmi tant d'autres, tant d'autres qui en ont été et tant d'autres à venir ?

Et dans ce miroir ci qu'y verrai-je ? Quelles sont mes désirs les plus profonds jusqu'à ceux inconnus de moi même ?

Je ne peux pas vraiment répondre, je ne sais pas vraiment. Quoi que je sais enfin ce que je ne verrai pas, certainement pas. Je savais déjà ne pas y voir un chirurgien renommé ou pas, un jour j'aurai pu espérer y voir peut être au moins un grand professeur donnant cours à des étudiants après avoir tant sacrifié et tant donné. Fait surement un Master 2 de recherche, noué des relations, galéré comme pas possible comme interne après avoir trimmé en externe pour avoir cette place d'interne.  Riche, surement. Mais à quoi bon ? Aurait-il été heureux ? Je ne sais pas. En fait il y a beaucoup de choses que j'ignore.

 

Mais je sais que je ne recherche pas (plus ?) aucune grandeur que ce soit. Juste une vie simple, basique (ok ça c'est nul), heureuse et surtout pas surchargée de travail. Pas centrée sur la médecine. A vrai dire ça a toujours été le cas, je n'ai jamais aimé les séries médicales ni passer mon temps libre sur des sujets ayant rapport à la médecine (sauf ce blog peut être ^^). 

Peu importe l'argent, le prestige, ce qui compte c'est le bonheur dans ce qu'on fait, et ne plus se mettre cette pression. Trouver les bonnes personnes, réussir un autre concours avec la pression et le stress. Qu'importe ce qui compte est de savoir suffisamment pour tout faire bien et éviter de trop donner pour en garder. Pour soi et d'autres choses, pour la vie, pour écire, pour lire, pour sortir, faire du sport et pour sourire.

Sourire, c'est ça c'est le mot, c'est ce qui importe en toutes circonstances à tout instant.

 

Mais et aujourd'hui que verrai-je si je me regardais à nu dans cette glace froide et terne ? Un externe qui a eu ses soucis et malheurs peut être et qui a un peu (complètement) laissé tomber son blog depuis des mois et des mois et vient tout juste de décider d'essayer de s'y remettre.

Va t-il en faire un billet ? Peut être peut être pas, après tout vous le savez ce n'est pas un blog comme un autre et je ne sais plus si je peux tout y dire, ce serait trop genant peut être puisque je ne peux pas me cacher derrière la toile depuis 2 ans. A voir, a reflechir, à murir...


Miroir mon beau miroir, dis moi qui est le plus beau ? (j'avais envie de placer cette référence au masculin, et puis qui suis-je pour juger de ma bogossatitude ? oui j'invente des mots ce soir)

 

Mais bref, pourquoi ce titre du " miroir " pour ce billet ?
 

Etonamment à la base je ne voulais pas vous parler de tout ce que je viens de faire, mais bon on écrit et on perd le nord, c'est pas si simple de garder un cap quand les pensées tourbillonent dans ta tête tu sais ?

Aujourd'hui je voulais parler des urgences puisqu'il s'agit de mon dernier stage. Et pas forcément pour vous parler du stage en lui même ce que je ferai peut être plus tard mais plus pour vous donner une reflexion, un sentiment que je me fais.

J'avais déjà fait un stage aux urgences il y a 3 ans, le stage infirmier si vous vous souvenez de tous les billets que j'avais à l'époque rédigé (oh mon Dieu quand j'écris ça on dirait que ça fait une éternité, mais si j'y repense j'en ai vraiment l'impression).

 

Oui ce stage me reviens en memoire, comme un boomerang, comme un reflet dans la glace. Je me regarde en ce jour repensant au moi que j'étais à l'époque de ce stage. Plein d'envie et d'avenir. Confiant regardant vers l'avant au sortir d'une première épreuve.

Je me regarde dans la glace mais celui que je vois n'est pas le même, mon reflet est différent, il a changé, évolué. Je me regarde, il sourit et ses yeux brillent, il lève les épaules, incline légèrement la tête le regard enjoué et un peu moqueur et me salue. Mais moi je n'ai pas bougé pourtant.  Je n'ai ni utilisé mon sterno cléido hyoidien, ni mes trapèzes ni mes élévateurs de scapula. Je suis là, immobile à me regarder sans sourire ni pleurer.

Il me regarde et s'étonne. Je le regarde sans surprise. Il fait un clin d'oeil à quelqu'un à ses côtés. Moi pas. Il lance une blague idiote et plaisante avec ses potes. Je n'ai pas ouvert la bouche moi pourtant. Il me ressemble, il m'est semblable. Mais pas identique. Une question. Une réponse. Le temps.

 

Je me vois dans les couloirs blanc de l'hopital, aux urgences. Et là aussi à ce moment au présent j'y suis. Et pourtant tout est différent. Question de temps ? Question de vue ? De point de vue ? En tout cas ce n'est pas comme avant.

Les blouses me plaisent tout autant même si tout ça est devenu courant, les murs blanc du couloir ne brillent plus comme avant. Je me demandais à l'époque comment je serai dans 3 ou 4 ans, comment ça serait. J'ai la réponse maintenant.

Les urgences sont surchargées, le stage est épuisant bien qu'intéressant mais je ne vois plus les gens, les patients. Plus comme avant, c'est différent. Radicalement.

 

De mémoire j'avais écrit qu'en une semaine j'avais vu plus de misère et de malheur qu'en une vie à l'abri réunie. Parce que j'avais un peu plus de temps avant, je parlais vraiment avec les patients. Là maintenant j'ai pas le temps. C'est sans arret, c'est incessant. Et je ne suis qu'externe pourtant. Mais mon but n'est pas de vous parler de mon stage, pas vraiment.

Plus de vous raconter à quel point je trouve ça différent, ça a changé. Vraiment. On ne me raconte plus ses malheurs, ses joies ou ses bonheurs. Ses peines, sa vie. Est-ce le fait que je me présente comme externe et non plus étudiant infirmier ? Ou tout simplement que je n'ai pas le temps de les écouter ? J'essaye parfois d'aller dans les chambres parler aux gens mais pas souvent. Et puis y'a la consult, les gens qui arrivent et repartent, le flux incessant, les mécontents, ceux qui ont attendu des heures et qui ralent.

 

Bref oui, si je compare celui que j'étais hier et celui que je suis aujourd'hui, ces deux personnes sont aussi différentes que les stages qu'ils vivent maintenant.


Une glace, un miroir. Deux reflets.

découragement médecine Stage infirmier interrogations urgence

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Commentaires (2)

docjunior
Merci à toi Petite Cuillère ;-) Toujours aussi juste dans tes commentaires
Petite-Cuillère
  • 2. Petite-Cuillère | 12/04/2018
Hello !
Contente de te retrouver Doc ! J'aime bien parce qu'on voit que tu as vraiment laissé tes pensées venir au fur et à mesure dans ce texte. Peut-être qu'on passe trop de temps à essayer de structurer en paragraphes cohérent, bien ordonné, comme on nous apprend à le faire, mais ici, ça fait un cheminement assez naturel avec des allers-retours, des associations, des images. On voyage un peu dans ta rêverie. J'imagine que combien ce "temps de vagabonder" doit manquer en externat. J'aime revoir tes rêves, tes projets d'avenir qui évoluent, tes déceptions à la confrontation de la réalité de l'externat. Et aussi, je trouve que c'est une bonne leçon de vie sur les événements qu'on imagine et la rencontre avec la réalité. Je crois que l'externat est craint, idéalisé, rêvé, cauchemardé, fantasmé par tous et on voit que finalement, tu te retrouves dedans, et que c'est dur, et que tu découvres des choses, mais que ce n'est pas exactement l'image que tu t'en faisais, et que tu ne corresponds pas nécessairement à l'image que tu avais de toi externe. Au fond, le miroir est le plus approprié pour décrire cela.

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