L'ascension

 

L ascension copie 1

C’est une immense montagne. Un géant entre les monts les plus hauts. Un mastodonte de glace aux muscles verglacés les surpassant tous ! Face à elle, l’Everest est d'une infinie infimité ! Le Kilimandjaro ? Outrageusement minuscule ! L’Aconcagua ? Lamentablement ridicule ! Et le Mont Blanc ? Ce ridicule petit bidule ? Ne parlons même pas de ce truc si minable et nul !

C’est un massif imposant, presque inaccessible. Nombreux sont ceux qui ont tenté l’ascension. Peu en sont revenus. Leur énergie engloutie par le froid hautement abyssal de l’hiver. Ainsi que par la nuit sombre et emplie de terreur. Je suis dans l’œil du cyclone. C’est le crépuscule de l’autonome. L’hiver approche… Et pourtant cette escalade je vais la tenter !

A vrai dire, beaucoup n’ont même pas pu accéder au 1er col. Au tout premier camp de base où l’on obtient vivres et réconfort. Découragés par l’ampleur herculéenne de la tâche s’imposant à eux. Bien pire que les 12 travaux du demi-dieu ou que le tonneau des Danaés. Comme si le savoir s’écoulait de leur cerveau percé au fur et à mesure qu’il se remplissait, dans une quête échouée avant même d’avoir commencée.

 

Et nombreux sont ceux qui n’auront même pas eu le malheur d’accéder au début de l’épreuve. Car pour tenter la rude escalade, il faut un puit à la place de l’encéphale, un gouffre sans fond, irremplissable, capable d’avaler monts et glaciers !

Sinon on n’obtient même pas la permission de tenter l’héroïque aventure. Le simple droit de se lancer dans la course. L’autorisation d’acquérir son équipement. Le ticket pour grimper et essayer d'accéder à ce lointain sommet.

C’est une escalade périlleuse où il n’est pas rare de voir s’écraser de malheureux alpinistes. De pauvres gens qui avaient été assez téméraires ou fous pour relever le périlleux défi sans doute. Incapable d'assurer leurs prises pris par surprise dans l'emprise du glacier.

Un défi éprouvant. Piégeur à souhait. On ne tient que grâce à une volonté de fer et à un moral d’acier afin de forger la lame de notre connaissance.

Mais attention, parfois on en voit chuter. Ils sont lourdement blindés, presque méconnaissables dans leur sombre armure hivernale. Des hommes machines attirés dans les profondeurs par leur blindage. Blindage imperméable à leur ancienne humanité desormais perforée. De sombres masses d’un blanc hospitalier dans cette chute infinie où elles ont été entrainées…

D’autres sont tout simplement fatigués, épuisés, exténués. Le souffle court. Les engelures au bout de leurs doigts glacés. Brusquement congelés dans un élan à jamais figé. Fatigués de grimper sans jamais accéder au sommet. Sans même le voir ni l'apercevoir. Et pourtant devoir continuer à monter. Vers l’inconnu. Vers les invisibles sommets. Leur lointaine destinée. Inaccessibles. Et pourtant si proches. D'une lointaine proximité...

D’autres encore ne peuvent tout simplement pas suivre le rythme. Malgré l’accès restreint, la dure sélection. Ils n’ont tout simplement pas la capacité musculaire bien que l’on croyait le contraire. A moins que ce soit leur souffle... Le froid qui s’infiltre par les voies aériennes supérieures s’immisçant sournoisement à l’intérieur afin d'en extirper la moindre goutte de chaleur. Ils n'ont plus une once de vapeur pour continuer à actionner le moteur du dur labeur. Tragique erreur. Funeste malheur.

 

Cependant la plupart s’accrochent. Passent le col, les murs verglacés pour atteindre le sommet de l'illusion dorée. Mais dans quel état ? Epuisés surement mais incomparablement heureux assurément !

Pourtant on n’est pas seul. Non, on s’encorde avec nos camarades alpinistes. Ensemble dans l’épreuve et l’effort. Maigre réconfort. Dans le désespoir et le découragement. Mais on continue qu'importe le temps. Solidaires et engagés. Unis et soudés vers l’objectif, cette lointaine et inaccessible arrivée. Ce doux et doré sommet enneigé...

Quant à moi ? Je n’ai même pas commencé à défier les sommets gelés. Je suis au pied de cette fuite en avant. Ou plutôt en hauteur… Je fais tout juste parti de ceux qui ont obtenu leur certificat d’escalade. Ce précieux sésame pour lequel j’ai dû tant lutter. Et j’observe d’en bas les milliers de courageux plantant leurs pics dans le flanc du glacier. Dans l’espoir de le blesser peut être. De l’affaiblir sans doute. D’y laisser une trace de leur passage. Défiant les éléments, le gel et le vent. Franchissant qu’importe le temps corniche par corniche. Col par col. Murs glacé par mur glacé.

 

Je vous l’accorde, je suis tout à fait impressionné par ce qui m’attends. Qui ne le serait pas ? Suis-je givré d’avoir voulu tenter l’aventure ? Je ne suis même pas sûr d’en avoir pleinement pris la mesure. De me rendre compte dans quelle péripétie je me suis lancé. Face à cette montagne, je suis d'une insignifiance floconesque. Je me sens ridicule. Minuscule. Enseveli sous le poids de ce fardeau glacé. Paralysé devant l'interminable sentier me restant à traverser.

C'est pourtant le sentier de ma destinée. Un étroit chemin sinueux malheureusement pas tout tracé dans cette voie en lacets que je me suis fixé. Serpentant sur les flancs de la montagne, naviguant entre les forets de pins. Arbres malveillants ne demandant qu'à nous piquer sournoisement de leur aiguilles envenimées. Sifflant sadiquement sur ce sentier forestier empoisonné

Mais je reste de glace. Cette constatation ne fait que renforcer ma détermination. Mon envie de m’élancer à mon tour afin de tous les rattraper ! Et déjouer à mon tour les pièges dans lesquels je risquerai de tomber ! Car oui !  Oui !! Je vais le défier ce terrible glacier !!!

Pour le moment, je ne suis qu’au camp de base et je me prépare. Autant physiquement que psychologiquement. Je m’équipe. Je suis déjà allé à l’ordre des montagnards récupérer mon matériel. Je cherche les cordes les plus solides, les pics les plus pointus. Et je me prépare à braver le froid ainsi que l’épuisement. Mais j’en suis capable je le sais, pas une seconde je n’ai douté de moi. Et cela malgré les moments de découragement parfois intenses. Je me suis toujours dit qu’un jour, je le verrai ce sommet. J’y arriverai !

Avant même de commencer on a dû passer par le restaurant " et manger jusqu’à l’écœurement, jusqu'à l'épuisement. L’indigestion encéphalique, l’AVC gastrique. Juste pour avoir le droit de commencer l’ascension. Juste pour pouvoir entrer sur ce chemin tortueux. Chemin tortueux et tortuesque nous forçant au repli carapaté. Contraignant à nous cacher sous notre carapace. Afin d'éviter de se faire prendre en chasse par les rapaces. Les faucons et autres charognards guettant leurs proies depuis les sommets. Et pour tenir il fallait manger.

On n’allait quand même pas nous laisser partir le ventre vide ! Alors oui on nous a fait joyeusement s'empiffrer. Jusqu’à plus faim. Jusqu’à vomir. Vomir puis recommencer. Jusqu'à ne plus rien pouvoir digérer. Jusqu'à douter de notre capacité à résister. Encore. Et encore. Inlassablement ! Interminablement !! Inutilement !!!

Alors oui, on nous a fait manger. Pour voir qui était le plus affamé ! Qui parmi nous serait capable d’ingérer un maximum de savoureux petits plats. Petit plats réellements gargantuesques en réalité. Plats et repas se mélangeant en une fade bouillie connaissances. Une soupe à l'écoeurement. Une ratatouille indigeste. Un véritable hymne patriotique au gaspillage aussi bien alimentaire que cérébral. 

Dans " un restaurant " où nul ne peut s'arrêter. Sous peine d'être contraint à s'en aller. De devoir quitter la file du téléphérique nous menant au pied du glacier. De la montagne surnommée le bagne. De se voir refuser le précieux ticket.
Partir à contre coeur de ce coup fugace coup de coeur qui à présent nous donne des hauts le coeur. Quitter
 ce lieu gastronomique réputé qui désormais nous ecoeure. Alors oui, oui, on a peut être parfois pu craquer, pleurer et dégueuler mais il faut continuer à manger. Manger pour ne pas se faire soi même dévorer... 

 

Et pourtant ce n’est que le début. Première épreuve pour vérifier notre résistance et tester notre endurance. Premier mur diabolique à escalader. Premier défi satanique à relever. Première epreuve infernale à surmonter.

Ça y est, je suis prêt à répondre à l'appel. Je suis prêt à te défier ! Toi que j'avais cru impossible à escalader. Toi qui pensais pouvoir me décourager ! Toi qui croyais m'avoir achevé ! Je suis prêt à te montrer mon entrain, ma vigueur et ma vivacité ! Mon énergie sanguine bouillonante d'une chaleur rayonante et triomphante. Car c'est ma vie ! La vie que j'ai choisit !! La vie dans laquelle je me suis tout entier engagé !!!

Que l’ascension débute ! Inlassablement, continuellement peut être jusqu’à l’épuisement. Mais on ne peut s’arrêter dans l'escalade de ces rochers enneigés. Sans fin, sans cesse, il faut continuer à avancer. Continuer. Grimper. S'élever. Avaler la roche mètre par mètre, pierre par pierre pour gravir l'étroit chemin de notre destinée.
On ne peut jamais cesser de clamer haut et fort notre vitalité. Ou bien c'est la montagne qui finira toujours par bassement nous enterrer…

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