Pamphlet contre le QCM

  • Par docjunior
  • Le 13/07/2016
  • Commentaires (5)


La fameuse et terrible grille de QCM...

 

Pamphlet contre le QCM

 

ABCDE ! Vrai ! Faux ! Blanc ! Noir ! Binaire ! Voilà ce qu’est le QCM. Froid et impersonnel, injuste et inefficace. Oh oui vous l’avez compris je ne l’aime pas. Pas le moins du monde et voici pourquoi…

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Salut moi je suis un moyen d’évaluation utilisé en PACES sans pour autant évaluer strictement les connaissances. Je suis aussi présent dans la suite des études de santé, j’ai été la cause de beaucoup de souffrances pour certains, parfois de joies pour d’autres. Je suis constitué de 5 propositions chacune reliées à une des premières lettres  de l’alphabet. A chacune d’entre elle on doit répondre par vrai ou faux. Je suis, je suis ?

  • Le Questionnaire à Choix Multiple !!!

 

Oui tout à fait, enfin on est entre nous appelez-moi QCM ou Question Calamiteusement Mauvaise. Qui suis-je ? Ne m’entendez-vous pas tel un serpent siffler sadiquement sur ses si sottes têtes que sont les vôtres ? Je siffle le S de la ssssssélecsssssion ! Je suis le couperet qui validera votre passage en 2ème année ou qui vous brisera pour ne jamais vous laisser passer !

Qui suis-je ? Oui carrés vous me connaissez, vous avez déjà goûté à mon fouet ! J’ai déjà laissé sur vous à tout jamais l’empreinte de ma sagace brutalité, votre esprit j’ai lacéré et je suis prêt à recommencer !!! Primants, mes tendres et pauvres enfants, vous ne savez pas de quel bois je suis constitué. Et je vous le promets, je vais vous en faire baver !

Qui suis-je ? Je suis le QCM. Sec, froid, brutal et inhumain. Je suis impersonnel. Et je suis là pour vous piéger ! Oh oui, toi qui n’a pas appris ton cours et ne pourra pas même tenter de le recracher, ton chemin face à moi tu devras rebrousser. Ou gare à tes pieds car ma note finale va t’écraser. Mais toi aussi qui a appris ton cours, tu tomberas dans mes filets ! J’aime piéger. Pour un oui pour un non, parfois pour beaucoup et souvent pour un rien. Jouer sur les notions et les confusions, vous embrouiller l’esprit dans la brume de mes questions. Car je ne suis pas là pour vérifier si votre cours vous le connaissez non ! Je suis là pour vous faire chuter sans possibilité de se relever.

 

Je suis le QCM. Arbitraire et pourtant impartial. Injuste et juste. Cruelle justice de l’injustice. Je suis le marteau et vous l’enclume. Et j’aime battre le fer quand il est chaud puis vous refroidir, d’un coup, brusquement. Je me concentre parfois sur des généralités, souvent sur les détails car mon but n’est pas le contrôle de connaissance. Je suis l’outil du concours, le prolongement de l’inhumanité de cette première année des études de santé. N’est-il pas risible de perdre cette humanité pour accéder à un métier où il faudra justement la retrouver pour bien l’exercer ?

Je suis le QCM. Dense et pourtant très léger. Je me constitue de 5 propositions très condensées qui balayeront un cours entier de leur profonde superficialité. Enfin, disons plutôt qu’il faut 2 QCM pour évaluer un cours mais vous avez compris ma vue d’esprit.

Je suis le QCM. D’une courte et pourtant rapide durée. Je suis si long et si rapide à la fois. Tu as une minute pour venir à bout de moi. 12s pour cocher vrai ou faux par proposition. Alors que tu as pourtant passé des dizaines et des dizaines d’heures sur ce que j’évalue. D’ailleurs je ne suis pas toujours utile. Y’a même des fois où j’ai voulu vérifier si tu avais bien appris  ces centaines et centaines de chiffres en santé société sur le système de santé français (1800 pour être précis), la taille d’une mitochondrie ou d’un follicule pré antral, le piège bête et méchant de la sélection.

 

Je suis le QCM. Je ne suis que des mots sur du papier mais j’ai le pouvoir de vous transpercer. Des vocations j’en ai brisée des milliers sur le chemin brisé de votre destinée. Croyez-vous réellement que je détermine votre valeur par vos réponses ? Pauvres naïfs, je n’évalue que la matière grise de manière abrupte et brutale. Je ne fais aucun cas de votre humanité, de votre sensibilité, de vos qualités relationnelles. Parce que celui qui est arrivé 40 places avant le 40ème recalé sera nécessairement meilleur médecin/pharmacien/kiné/dentiste/maïeuticien que ce dernier ? Laissez-moi rigoler !

Mais je suis utile. Je vous apprendrais à vous conformer et dans le rang vous allez rentrer. Pas de place pour imaginer, vous devrez être carrés si vous ne voulez pas repiquer. Faîtes attention ou l’addition risque d’être salée. Craignez chaque tournure de phrase, chaque phrase elle-même, chaque mot épicé ! Robotisez-vous et inventez-vous des pièges qui n’existent pas uniquement parce que vous avez été habitués à subir ma piquante férocité. Vous tenterez plus ou moins mal de me digérer, mais attention, je suis pimenté ! De moi vous garderez un souvenir amer, ça je vous le promets ! A moins que dans d’acides relents vous ne me régurgitiez…

Des fois je suis intelligent. Des fois j’arrive à prendre de la hauteur. Mais c’est rare car c’est celui qui m’invente qui décide. Car je suis son reflet, sa personnalité et son esprit. Insufflé par le pouvoir et la pensée dans des mots sur du papier, de l’encre sur des pages pas vraiment sages comme des images. Alors surtout en première année, ce n’est pas dans ce but qu’on m’a forgé. Telle une lame en acier trempé, aiguisé de mon autorité, je fends et pourfends à travers votre encéphale fatigué.

 

Et ce n’est pas parce que vous avez su me défier que vous vous en sortirez ! Je suis un paradoxe. Pour me vaincre vous devrez maitriser votre cours sans laisser la moindre aspérité sur laquelle je pourrai m’accrocher afin de vous faire tomber. Mais d’un autre côté c’est moi sur mon plateau d’argent qui vous présente ce que vous devez arbitrer. Autrement dit tout viens de moi et rien de vous. Vous ne sauriez même pas forcément réciter ce que vous avez appris si vous ne m’aviez pas immédiatement sous le nez.

Je titille les narines de votre connaissance jusqu’à vous faire éternuer. Sans moi vous n’êtes rien et sans vous je suis moi. Fidèle à moi moi-même, guettant le prochain condamné.

Je suis aussi bien juge qu’accusé. A vous de savoir si je mens ou dis la vérité. A moi la charge de vous faire valider votre année ou de vous la recaler.

 

Je suis le calme dans la tempête, le repère dans les ténèbres car je suis indispensable. Vous ne pouvez pas vous passer de moi, je suis la seule et unique manière d’éclaircir par ma noirceur les rangs des candidats. Candidats dont je vole une année si ce n’est plus dans leur vie. Et la leur mettre entre parenthèse, j’y prends un malin plaisir.

Je suis la pluie et l’averse, la terre et ses tremblements. Je suis le feu et le brasier, la nuit et l’obscurité. Je suis le vent et la tempête, l’eau et le torrent, la neige et le blizzard. Tremblez car je suis le QCM !!!

PACES connaissances

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Commentaires (5)

docjunior
Malheureusement...
Valentin
C'est vrai que c'est une épreuve qui peut être très frustrante et dont on doute fortement de l'efficacité pédagogique...

Mais il ne semble pas que les institutions soient prêtes à le remettre en cause...
Petite-cuillère
  • 3. Petite-cuillère | 18/08/2016
Merci pour le petit mot de la fin, ça me fait plaisir et ça me donne encore plus envie de laisser des commentaires :)
docjunior
En effet, le but était plus de parler des mauvais aspects du QCM que des bons. Cependant pour les QR leur avantage est de te forcer à vraiment apprendre le cours pour être capable de répondre bien que si tu tombes sur une partie moins bien apprise ça sera plus flou. Mais le QCM peut très bien lui aussi se focaliser sur un point précis du cours. Par exemple cours d'ostéologie n°2, le prof décide de poser que des questions sur la face antérieure de l'humérus et peut oublier la postérieure s'il le souhaite tout comme il peut mélanger les 2.

Les QR pourraient aussi s'envisager comme ça a pu se faire dans des annales à ma fac sous forme de plein de petites questions portant sur plusieurs cours afin de plus balayer car c'est vrai qu'en soit quelques QR pour évaluer tout le cours, vu le peu de QR beaucoup ne seront pas évalués (chez moi par exemple 2 QR pour une matière, ça laisse plein de cours sur le côté).
L'autre solution et c'est ce qu'on fait est de mélanger QCM et QR, les avantages de l'un palliant les inconvénients de l'autre. Cependant, l'heure est aux QCM notamment avec les iECN et nos QR devraient progressivement disparaître...

De toute façon, il n'y a pas de système d'évaluation parfaite et le QCM peut être posé de manière plus ou moins intelligente. EN P2, le but est beaucoup moins de piéger par exemple et ces derniers sont bien plus faciles si on a un minimum potassé son cours et fait ses annales (surtout qu'il ne faut avoir que 10/20 pour valider). Cet article a surtout été écrit du point de vu d'un P1 dégoutté par ses mauvaises notes en colles ou tout simplement écœuré par tous les QCM qu'il se tappe sans cesse jour après jour pour s'entraîner.

Et je l'ai donc justement explicité dès le début du discours tenu par le QCM en parlant de la PACES car clairement, en P2 je ne tiendrais ou en tout cas ne ferai pas tenir ce même discours à mon personnage ;-) J'adore vraiment tes commentaires et dès que je vois que tu en laisses un, je me précipite pour le lire !
Petite-Cuillère
  • 5. Petite-Cuillère | 23/07/2016
Que de lyrisme pour un Questionnaire à Choix Multiple ! J'adore le style du texte, on sent que les phrases sont hyper travaillées pour se fondre en un tout quasi-binaire. On verrait presque les cases noires et blanches à travers les mots. Autrement dit, j'ai retrouvé certaines émotions auxquelles me confrontaient les QCMs en te lisant, j'aime beaucoup !

Que cela est beau, ce paradoxe du QCM, que tu soulèves. La justice de l'injustice ou bien l'injustice de la justice. Le jugement partial impartial par la froideur de la binarité. J'aime bien ton texte parce qu'il donne un avis sans pour autant être fermé. Il pousse au questionnement aussi.
La mesure de la matière grise de manière abrupte. Définition avec laquelle je suis en accord, du moins sur certains QCMs où on s'assure que les synapses sont positionnées au bon endroit pour le relier une notion précise à une autre. Assez étrange d'ailleurs que les cerveaux des candidats recèlent des "mêmes connaissances" précises et ce d'une fac à l'autre, avec la taille de mitochondrie du diapo du prof. Les cerveau doivent se forger de manière synonyme finalement. ça me rappelle ton autre texte où tu expliques que nous sommes tous, dans la salles, en opposition et très proches.
"Telle une lame en acier trempé, aiguisé de mon autorité, je fends et pourfends à travers votre encéphale fatigué." J'aime cette phase. Il faut avoir vécu la P1 pour l'écrire et la comprendre, j'imagine. La sensation de l'encéphale fatigué broyé par cette machinerie des QCMs et de ce système ABCDE ABCDE ABCDE.

Reste à savoir si les QCMs sont si "froids" que cela. Est-ce qu'ils n'évaluent parfois pas les connaissances de manière à nous faire réfléchir d'une autre manière, assez procédurale, qui pourrait être utile pour un médecine ? Colorier une case qui aurait due rester blanche, cela est bien moins fatal que de prescrire un médicament qui n'aurait pas dû être prescrit ou bien couper un nerf qui n'aurait pas dû être coupé. Est-ce qu'en cela, ce "conformisme" auquel mène les QCMs n'est pas essentiel ?
J'ai aussi discuté avec une externe il y a quelque temps qui trouvait que les QCMs permettaient d'évaluer sur la globalité des connaissances, contrairement aux QRs qui se concentrent sur un sujet, et qu'en cela, ils étaient plus justes. Après, j'imagine que le sens de ton billet était plus de présenter les difficultés auxquelles mènent le QCM plutôt que de réfléchir profondément sur son utilité.

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