Vive le billard !

  • Par docjunior
  • Le 12/10/2018
  • Commentaires (4)

Le billard c'est cool vous trouvez pas ? Billard americain, billard classique y'en a pour tous les gouts ! Et entre amis c'est vraiment convivial il faut dire.

Et puis la table de billard c'est si beau, une matière douce, élégante. On place le triangle de boule, on prend sa queue et on se lance pour briser l'insolente géométrie qui nous fait face. Malheur à celui ou celle qui se trompera de boule et enverra la blanche en lieu et place des colorées dans les trous.

Et puis le billard fait partie de la langue française, il lui a même donné une expression célèbre malheureusement pas aussi verte que la table. Plutôt bleue en fait. Et parfaitement asceptisée. Bleu ? Une couleur apaisante non ? Qui n'a jamais regardé la mer, entendu le bruit des vague et soupiré de contentement en dorant au soleil ? Sauf que le bleu c'est pas que la mer, c'est aussi la couleur des champs opératoires que l'on voit, avant de passer sur le billard.


Et oui, faut dire que si de mon côté tout va bien, ça n'était pas le cas il y a 2 petites semaines.

A en hurler de douleur aux urgences avec des blouses blanches passant et repassant sans me remarquer. Oui oui on va venir s'occuper de vous. Mais personne ne vient. J'attends. Toujours personne. Mon ventre, plus précisement la fosse iliaque droite me fait de plus en plus mal. C'est de pire en pire depuis midi et il est déjà facile 21H. J'ai la joie de passer de l'autre côté de la blouse (et on peut pas dire que j'adore) ce qui n'est pas simple, en tout cas pour moi psychologiquement parlant j'aime pas trop être patient et quand je suis concerné je veux tout savoir dans les détails (oui oui le genre de patient chiant qui pose 10 000 questions mais l'avantage avec moi c'est que j'ai déjà une petite connaissance préalable et que je comprend tout très vite et qu'on a pas besoin du traducteur *langage bizarre inquiétant incompréhensible médical --> français*).

Toujours est-il qu'avec ma douleur qui me serre comme une crampe et me retourne les entrailles puissance 10 000 je continue à avoir de plus en plus mal. Vers 12H ça allait, un leger et banal maux de ventre, qui ne passe pas. Qui s'empire. Debout, allongé rien à faire. Et comme je ne suis pas chez moi en plus je ne sais pas où sont les médicaments. Je suis seul et pour tout le weekend. 

Rien a faire et ça commence a être assez douloureux. Peut être 3/4 sur 10. Peut être qu'avec le repas ça passera. Je mange donc. Il est environ 16H. Je fais un semi malaise direct. La pièce tourne, mes oreilles bourdonnent, je frissonne de froid mais j'ai terriblement chaud. Ma vue se brouille et c'est limite si je m'écroule pas dans les toilettes pris de nausées. 

Déjà à cet instant j'aurai peut être du m'inquiéter et j'aurai pu me diagnostiquer seul ce que j'avais et me rendre aux urgences. Mais que voulez vous, quand il s'agit de soi et qu'en plus de ça on est pas complètement lucide, on n'est pas toujours le plus malin des externes et le cours sur les douleurs abdominales aigues que l'on avait révisé la veille s'évapore. Je me dis, non mais c'est rien ça va passer, c'est une colopathie fonctionnelle. Mais plus typique que ce que j'avais comme tableau clinique on pourrait pas faire.

Je me rallonge, les jambes repliées vers la poitrine (on appelle ça se mettre en " chien de fusil "). Sauf qu'il est 17H30 et je dirai que sur 10 je suis à 4/5 (10 étant la pire douleur imaginable et 0 l'absence de douleur) et je peux vous dire que ça fait déjà sacrément mal (chuis pas une chochotte non mais). 

J'appelle pour savoir où sont les médocs, les spacefont et compagnie mais pas de réponse. Alors à 18H je m'habille à grande peine accroupi. Même pas le courage de retirer mon bas de pyjama j'enfile un pantalon par dessus (oui oui ce qui signifie si vous étiez attentif qu'à midi j'étais encore en pyj haha) et je me traine à la pharmacie la plus proche (je dirai 400 mètres de torture à parcourir)en soufflant comme un ventilateur, m'accroupissant et des pauses tous les 20 pas. J'ai tellement mal au point de presque perdre connaissance et les gens dans la rue (p
as très fréquentée non plus) me regardent mais se désinteressent assez vite pour vaquer à leurs occupations diverses et variées. Une fille traverse juste derrière moi, me jette un coup d'oeil je suppose et me dépasse sans un mot. Elle est belle la solidarité.

Il faut savoir que j'ai toujours redouté de d'être en situation d'urgence et de devoir agir mais en ce qui me concerne, je ne me défilerai pas. En tant que futur professionnel de santé et externe formé via quelques heures d'AFGSU a réagir en cas d'urgence, je ne peux juste pas fuir mes responsabilités. Ethiquement, moralement c'est juste pas possible !

J'arrive à la pharmacie enfin, mais elle est fermée. Bon sang. Gros coup au moral, je m'allonge devant. Et enfin un couple sympa vient me proposer de l'aide. J'appelle le SAMU ce que je n'avais pas envie de faire au départ mais bon à un moment il faut bien (mais comme externe je vous l'ai déjà dit psychologiquement parlant j'ai pas envie de me retrouver comme le patient d'autres) surtout que même si je n'en avais pas envie au départ je me laisse convaincre sachant que c'est la voix de la raison. Ne me jugeant pas urgent apparemment je suis orienté vers une maison médicale pour une consultation. Je fais l'erreur d'accepter, si j'étais allé aux urgences directement j'aurai économisés plusieurs heures de souffrance attroce. Le jeune couple m'y emmene en voiture donc. 

A ce moment, la douleur est passée à 6/10 et à la fin de la consultation on fleurte avec le 7/10. Bien sur sur place on ne peut rien faire pour moi et c'est direction les urgences. Sauf qu'à 19H et comme la garde commence à 20H il n'y a plus d'ambulancier sauf urgence vitale et j'en suis réduit à attendre 20H pour l'envoi d'une équipe. La médecin de garde a beau faire des pieds et des mains pour me trouver un transport personne n'est dispo avant 20H (et même plutopt plus tard). Vers 19H15 j'ai tellement mal que j'appelle moi meme le SAMU pour reclamer mais rien a faire. Alors j'en arrive au point ou je propose de me payer un taxi j'en peux vraiment plus d'attendre.

Rien à faire ils ne veulent pas prendre la responsabilité de me transporter aux urgences (et je peux comprendre pour le coup). Ce sera finalement les pompiers qui ameneront un patient à moitié conscient, plié de douleur on arrive vers les 7,5 là, aux urgences qui avait rendu les quelques bouchées du déjeuner entre temps allongé sur une table d'examen au fond du cabinet médical. Pas glorieux mais j'y pouvais rien. 

Et zou direction les urgences avec un petit Nico à moitié conscient se tordant de douleur, on me parle on me pose des questions mais j'entend qu'à moitié. Carte vitale vous avez ? Carte d'identité ? (curieusement personne n'aura pensé ni chez les pompiers ni aux urgences à me demander ma mutuelle que j'ai du prendre en photo par la suite et l'envoyer par mail et si je tranais trop je payais 20% de l'hospitalisation et à 1000 euros la journée autant vous dire que ça aurait fait un sacré découvert sur mon compte ^^).

Une infirmière d'accueil s'occupe de moi avec une interne puis me pousse dans le couloir des urgences déjà bien rempli (mais j'ai vu pire donc ça va) et me dit " on va venir s'occuper de vous ".

Moi juste j'en peux plus, faites que la douleur s'arrête !!! Arrrgh ça va me rendre fou !!! J'en peux plus !!! Je hurle intérieurement. 

Là on est bien à 8 sur 10 et quand le 8,5 pointe le bout de son nez (moche et crochu d'ailleurs) je décide d'oublier ma dignité (ce qui ne fut pas si simple que ça malgré la douleur atroce) et je me mets à hurler dans le couloir de douleur. Après tout d'une pierre de coup, ça défoule et soulage un peu et puis avec un peu de chance on va enfin venir s'occuper de moi. J'ai l'impression que j'attends depuis des heures dans le couloir. 

Je crois que je comprends enfin très concrètement
comment il peut y avoir des décès dans le couloir des urgences ^^ *rire jaune* (même si moi j'avais été vu dès l'accueil avec prise des copnstantes vitales et tout donc mon cas n'est pas du tout comparable)

Bon en vrai je sais pas combien de temps j'ai attendu réeellement. Peut être 20 minutes, peut être une demi heure peut être un peu moins ou un peu plus je ne sais pas mais ce que je sais c'est que ça m'a semblé interminable. En tout cas j'avais été mis de côté dans le coin suffisamment longtemps pour avoir vu pas mal de blouses blanches faire des allez retours et pas une pour me poser la perf d'antalgiques pallier 2 qu'on m'avait prescrite. Non mais. C'est pas que je suis un patient impatient mais j'ai litéralement mes entrailles qui sont entrées en fusion et se déchirent tout en se broyant de l'intérieur pressées comme des citrons (c'est acide le citron en plus, et bien pour le coup j'aurai littéralement dit que j'avais de l'acide dans le ventre...).


Du coup forcément mes hurlements de douleurs (et pour le coup je  faisais pas du Neymar moi ^^)



 

 

Bon bah voilà quoi. Pas glorieux hein mais moi je simulais pas...

On vient donc enfin s'occuper de moi et me poser une perf qui me soulage (on y a mis du lourd, le pallier suivant c'était la morphine hein ^^) ... temporairement ! Une heure après je sentais que ça remontait petit à petit, vicieusement, en douce pour pas que je remarque sauf que c'était impossible à rater. Le brasier se rallumait progressivement la broyeuse se remettait en position on après une courte veille pour revenir en pleine forme ! (snif)

Et rebelotte je demande de l'aide je commence à me tordre de plus en plus de douleur car la douleur revient à son niveau maximum de plus en plus vite comme un cheval au galot ou comme la maréee montante au mont Saint Michel (qui appartient à la Normandie :-P désolé les bretons mais je suis formel ^^)


 

 

Et pareil il faudra bien près d'une demi heure au moins si ce n'est plus pour qu'enfin quelqu'un vienne rajouter une perf de paracétamol et qu'enfin quelqu'un tienne sa promesse de venir s'occuper de moi (car oui entre temps j'ai de la visite et ce quelqu'un (qui va même rester dormir aux urgences avec moi là chance ainsi que durant toutes les nuits de mon hospitalisation soit 4 lonnngues nuits) après avoir été sollicité de vive voix. 

J'entendais la réponse pleine d'espoir mais le soulagement promis tardait à venir. Vous imaginez pas comme c'est frustrant (et c'est un mot bien faible) quand on souffre autant et que chaque seconde dure une heure, qu'on en est réduit à donner des coups contre les barreaux, à se tirer les cheveux et se planter les ongles dans le bras pour se distraire de la douleur...

Puis je verrai une interne en chir pour m'expliquer l'opération ainsi que l'anesthésiste qui fait sa consultation pré opératoire (obligatoire dans le protocole).

Du coup je passe la nuit aux urgences dans le couloir avec la personne qui est venu me soutenir (merciii merciii) et sans qui j'aurai vécu ces moments comme la visite de l'enfer, déprimant, long etc etc vraiment ça a fait passer d'insupportable à déséagréable le tout que d'avoir quelqu'un à ses côtés.


Comme y'a plus de box de dispo la nuit sera dans le couloir (coool ! :D) mais je réussirai (je peux pas vous dire comment haha on a fait des trucs pour négocier haha) à obtenir un box qui venait de se libérer. Ouf ! Un peu de calme et d'intimité !


Enfin.

Bon pour faire vite et résumer la suite, le lendemain c'était réveil (à jein bien sûr), douche à la bétadine, direction la salle de réveil ou je patienterai une bonne heure en discutant avec les 2 infirmières devant la télé (je finirai par mettre de la musique ^^) puis direction le bloc, les champs bleus de partout, il fait bien frais d'ailleurs en tant que patient haha, puis l'anesthésie avec le produit blanc (qui s'appelle surement " propofol " pour ceux que ça intéresse).

En tout cas ça brule comme un petit soleil qui progresse dans mes veines puis le trou noir absolu. Je me réveille avec un joli drain dans le vente, des points de sutures et des agraffes un peu partout.

On m'ammenera en service d'ortho une nuit (car plus de place en chir dig). La nuit ne sera pas très marrante d'ailleurs (vive les effets secondaires de la coélio) avec pour souvenir notable une aide soignante particulièrement déséagréable d'aspect comme de voix (et la façon de me parler rahh très très déseagréable) qui n'a pas hésité à me menacer d'appeler la sécurité si j'ouvrais pas les toilettes (ça va quoi on peut demander gentiment sinon et l'infirmière était déjà passée demander si tout allait bien). Alors forcément je me précipite et je renverse la poche pleine de sang de mon drain. Beuark ! M'enfin dans mon externat j'en ai déjà vu des trucs pas ragoutants du tout donc je suis habitué.

Ah oui et sinon quand je voulais me lever (donc besoin d'aide) et l'infirmière m'avait  autorisé et demandé de d'appeler elle ou l'AS. Sauf que cette dernière ne voulait pas participer et s'est vu contrainte quand je lui ai dit avoir la permission de l'IDE (infirmière diplomée d'état pour ceux et celles qui ne savent pas). Elle obtempère non sans raler à contrecoeur et en dézinguant sa collègue (trop choquant jamais on fait ça d'habitude, surtout devant le patient) m'enfin bon. 


Du coup au fil des jours ça ve de mieux en mieux et les effets secondaires de la coélio s'estompent peu à peu (mais bien trop lentement à mon gout...) et j'ai toujours de la compagnie en journée et même pour la nuit (encore mille merci tu as rendu l'enfer supportable, j'ai pas tellement bien vécu ces quelques jours mais sans toi... ça aurait été inimaginable...)


Et maintenant je suis à 3 semaines de l'opération et je revis quasi normalement (pas le droit de porter trop lourd et de faire du sport intensif) en pouvant peu à peu refaire de plus en plus de choses. Les agraffes, soins infirmiers post op je les ai fait faire par une infirmière libérale et parfois quand ça collait pas aux heures de rdv par moi même pour les pansements, piqures d'anticoagulants (car risque de phlébite (caillot dans les jambes qui remonte dans le coeur et fait une embolie pulmonaire) après une opération même si en vrai 10J pour moi sujet jeune, sans antécédents ni autre facteur de risque c'était un peu abusé)

Et voilà pour ce petit article du point de vu patient pour une fois (et je déteste être patient !!! si vous étiez pas déjà au courant hahaha rahhh j'aime pas pas du tout même) !

Et dans le prochain billet je vous parle de mes cours et de comment j'ai avancé (même si cet épisode m'aura fait perdre 5 précieux jours de boulot)

A la prochaine la compagnie ! 


 

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Commentaires (4)

PetiteSarah
  • 1. PetiteSarah | 29/10/2018
Avec plaisir!
Et si je n'ai mis qu'une journée, c'est surtout que je lis très vite, t'en fais pas que ton blog est très chargé en contenu!
docjunior
haha ouf alors ^^
PetiteSarah
  • 2. PetiteSarah | 24/10/2018
Bonjour Doc'!
Je viens de découvrir ton blog ( hier mais il m'aura quand même fallu un poil de temps pour lire l'intégralité des articles ) et tu m'as vraiment beaucoup touchée. C'est incroyable comme tu as changé, du premier post d'étudiant sortant tout juste de la PACES, à un jeune homme plus mûr, plus assuré aussi.
Tout ce que tu dis trouve son sens sur ce blog, je ne suis qu'en seconde, bien loin de tes études de médecine dont je rêve aussi, et pourtant j'ai l'impression d'être proche de toi, parce que tu ne fais pas semblant ici, de tes peines à tes joies, en passant par tes ( nombreux ) doutes, tu es vrai, et je vois vraiment l'âme d'un futur médecin en toi, et un bon soignant, dévoué à sa cause.
Je te souhaite de tout mon coeur de continuer, de réussir, d'aller au bout de tes rêves. Tu t'en approche, lentement, mais tu t'en approche. Et dans quelques années tu viendras déterrer ce vieux blog, toi, le médecin qui sauvera des vies ( pour ne pas faire dans le cliché ), et tu te diras que c'était bien loin le temps où tu t'émerveillais pour une prise de sang et pour avoir mis une blouse. Mais j'espère que tu ne te prendras pas non plus de haut. Que tu ne te diras pas que tu étais ridicule, et au contraire, selon moi c'est cet émerveillement qu'on pouvait sans doute lire dans tes yeux au moment de la première nuit aux urgences, qui prouvait à quel point tout ceci était fait pour toi.
A toi qui me donne de si précieux conseils, bien qu'encore loin de tout ça.
A toi qui ne renoncera pas, et qui a toujours aidé les autres, j'ai déjà lu des articles sur prépas/tutorat, et je savais que c'était des bénévoles pour ce dernier, mais jamais sans toi, je n'aurais su quelle quantité de travail et d'implication cela représentait.
A toi, doc junior tout simplement, qui me donne encore un peu plus envie de pouvoir enfiler une blouse.
docjunior
Merci PetiteSarah pour ton commentaire très touchant que tu as pris le temps de laisser. Et bien que dire ? Tu résumes parfaitement mon état d'esprit quand j'écris, j'écris pour moi, pour le plaisir, pour le souvenir mais aussi pour partager avec le lecteur un moment de complexité simple sans trop de prise de tête et si c'est ce que tu as ressenti j'ai tout gagné. (et bien tout lire d'une traite tu as du y passer du temps n'empêche ^^ je pensais que mon blog pouvait résister plus longtemps qu'à une journée de lecture ^^ quoique si tu es comme moi capable de ne pas dormir pour avoir la suite de l'histoire je comprends haha ^^) Quoi qu'il en soit je te dis à bientôt pour de nouveaux billets en espérant peut être te revoir parfois si tu as envie de laisser une impression ;-)

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