Nuages d'imagerie et d'anatomie

  • Par docjunior
  • Le 10/10/2019
  • Commentaires (3)

Le récap #26
Jeudi 10 octobre 2019
Nuage d'imagerie et d'anatomie

J’arrive en ville. Les habitations s’étalent sur les rives de la Seine dont les flots continuent leur mouvement imperturbable sans se préoccuper des vies mouvementées des milliers d’hommes et femmes le long de ses berges sur la Ville de Rouen.

Là parmi tout cette cacophonie de destins tumulteux, il y a celui d'un jeune futur docteur.

J'ai encore la tête dans les étoiles de ce stage qui certainement a changé ma vie et me réconcilie aussi bien avec elle qu'avec la Médecine discipline noble à lettre majuscule. En en mois déjà je n'aurai jamais autant appris que ce soit sur la vie, les pathologies, l'humain et la psychologie, le contact avec les patients ou la clinique. Merci.

Et je contemple, tel un voyageur au dessus d'une mer nuage, l'horizon de ma vie. J'arrive donc, l'esprit apaisé et heureux. Dans quelques heures, après les cours, je repartirai, la tête pleine d'une montagne de nouvelles connaissances, toujours sur mon petit nuage tel un doux poète rêveur touché par sa muse et se laissant guider sur le chemin qui lui est destiné.



La ville normande aux cents clochers se dresse là devant moi et m’avale, me noie au milieu de la masse, un individu parmi d’autres. 1 unité sur des milliers. 1 petit rouage qui a trouvé une place dans le réseau compliqué de fils entremélés qu'est notre société.

Le matin même j’étais en stage, occupé à rendre un grand service à mes tuteurs. Il faut dire qu’ils le méritent bien. Ce stage est une vraie révélation et j’ai jamais autant vu et appris jusqu’ici. J’avais su la veille par la secrétaire qu’ils comptaient remplacer la vieille affiche de la pyramide de santé, dont le papier qui avait vu défiler bien trop d’années, commençait à jaunir et se dessécher, se craqueler comme la peau de nos anciens qui ont accumulé tant d’expérience et d’histoire après s’être longuement abreuvé le long du fleuve de la vie.

 

Mais les pyramides de substitutions ne convenaient pas au médecin qui avait esquissé le croquis de sa pyramide idéale, telle qu’il l’a voyait, à la façon d'un architecte du corps humain dessinant de solides fondations pour construire un bâtiment stable et solide pour toute une vie.

La secrétaire m’en parlait comme ça au détour d’une conversation sur la réorganisation de la salle d’attente, après que je lui ai apporté une affiche de la ligue contre le cancer proposant gratuitement aux patient des soins de support, maquillage, coiffure, esthéticiens, groupes de parole ou sophrologie qu’une des bénévoles nous avait donné la veille.

Jeune homme de la génération numérique, la fameuse génération Y comme se plaisent à l’appeler les sociologistes de notre époque, je sais correctement me servir des quelques logiciels de base et fabriquer une pyramide est tout à fait dans mes compétences.

Aussi proposai-je spontanément de m’en charger et me voici le lendemain attablé dans le bureau de l’interne sur mon powerpoint pour créer une petite œuvre d’art, peut être pas grand-chose mais je m’y impliquais entièrement alors oui une œuvre, à mon niveau certes, mais tout de même.

Hey riez pas j'ai passé 3H à la faire cette sacré pyramide !

Midi sonne, l’heure pour moi de prendre le train.

Et me revoici sur Rouen. 2 semaines après la catastrophe de l’incendie de l’usine. Saura-t-on un jour à quel point nous avons été exposé à des substances dangereuses ? Ou faudra-il attendre 20 ans pour constater une surprenante augmentation de l’incidence des cancers dans la région et en particulier ladite ville ?

Faisans fi de ces interrogations, je m’élance, les épaules droites et fières malgré le lourd sac qui encombre mes épaules. Plusieurs kilos répartis entre livres, cahiers de stage, stéthoscope, ordinateurs et chargeurs tel la charge que la vie et les études de médecine ont mis sur mon dos. Ce poids, que j'ai appris à accepter, l'aprivoisant tel un dompteur avec le fauve, mon dos est plus fort maintenant, j'ai les épaules plus robustes. Bientôt je pourrai encore rajouter un livre supplémentaire, un marteau à reflexe, des fichiers dans une clé USB et que sais-je encore. Plus de responsabilités, plus de charges. On en est pas encore là mais ça y vient doucement, ça se rapproche. Quant à moi j'ai encore à grapiller des connaissances et de l'expérience. Les études de médecine n'en ont pas encore fini avec moi, tout s'accèlere progressivement et ça n'est pas prêt de s'arrêter jusqu'à l'apothéose en fin d'année prochaine, les fameuses ECN, les dernières d'ailleurs probablement puisque ça risque d'évoluer par la suite.

Après une escale chez ma sœur pour lui rendre visite ainsi qu’à notre petit chat, majestueuse créature féline, indépendante, sauvage mais pas trop. Je constate qu’il m’a manqué mais que l’inverse n’est pas forcément vrai. Il vit sa vie de chat. Vie de chat heureux et en pleine forme.

J'en profite pour gouter au repos bien mérité du guerrier qui n'a cessé de marché depuis la matinée vers son stage, puis vers la gare et enfin vers l'appartement de sa soeur.

Une pause dans le tourbillon qu'est ma vie. Un moment de calme et de paix. J'ouvre un livre. Le roman que m'avait offert un de mes maîtres de stage à mon arrivée. " Réparer les Vivants " de Maylis de Kérangal. J'ai déjà bien avancé, j'ai lu les deux tiers du livre. Je tourne une page après l'autre, poursuivant ma lecture.

Les pages s'enchaînent et le volume restant se rétrecit bien trop vite. Je verse une larme ou deux, peut être plus, émut par la force de l'histoire narrée avec brio et puissance dans ce style imagé et ennivrant de l'auteur qui nous emporte dans le rouleau de sa vague. On surfe sur ses pages et nos yeux s'accrochent à ses lignes esquissant de droite à gauche le mouvement d'une houle littéraire. On y sent le sel qui pique la peau et les plaies que laisse le sable mouillé rapant contre notre peau humide des sentiments de lecteur qui est mis à vif devant la vie, la mort, l'éthique, l'humain
. Mon coeur s'emballe à mesure que je progresse dans le récit. Boum tac boum tac, de plus en plus vite, muscle essentiel qui projette dans notre corps notre force de vie, horlogerie aux mécanismes complexes chef d'orchestre du réseau de tuyauterie s'entremelant dans notre corps pour alimenter en énergie muscles et organes et en récupérer les déchets qui seront filtrés à un débit de 180 L/J et le cycle prêt à recommencer.

Je lis et je m'aperçois encore une fois à quel point j'ai de la chance d'être en vie, savourant l'instant présent allongé sur le lit de la chambre d'ami. Je ferme le livre. Je souris. Et un autre forme vient s'ajouter à la mer de nuage à mes pieds, comme un affluent se jetterait dans le fleuve, le nourrissant d'âme et d'esprit. J'ai les yeux tournés vers les étoiles, là haut, il y en a une petite qui brille encore plus forte que les autres, une étoile qui m'éclaire dont la lumière vient recharger mes batteries et donner de la force à mes pensées qui se mélangent dans mon océan intérieur. 

J'ai les yeux dans les étoiles, la tête dans les nuages.

Je me concentre. A présent et pour les heures à venir sera t-il temps d'avoir la tête sur les épaules.

Puis je travaille un peu et voilà qu'arrive l'heure tant attendue. Il est 15H, je me lève, direction la faculté après un autre détour pour rendre visite à une amie et lui demander quelques conseils que je n’oserai pas aborder avec n’importe qui.

Au programme de ce jeudi après midi, l’UE libre anatomie.

En théorie j’avais passé en 2ème et 3ème année un Master 1 me dispensant de faire une UE libre par la suite. Sauf que depuis il parait que la règle à été révoquée et comme j’ai redoublé je ne sais guère à quelle sauce je vais être mangé.

Quoi qu’il en soit j’aurai tout de même choisi cette matière car elle est indispensable pour tout futur médecin. J’espère seulement que je ne serai pas obligé de la valider et que si je ne la réussissais pas à l’examen ça serait sans conséquence pour ma 6ème année.

Car autrement ces cours sont passionnants. Ils consistent en des dossiers cliniques, des situations stéréotypées d’une pathologie pour que les étudiants s’amusent à dérouler la prise en charge, ou parfois des cas rapportés de la vraie vie.

Puis viennent nécessairement des examens complémentaires dont l’imagerie.

Ce qui est l’occasion d’apprendre à disséquer chaque image de nos yeux de jeunes élèves peu aguerris face aux médecins expérimentés qui nous font cours.

Que dis-je ? Médecins, non, ce sont des chirurgiens. De grands pontes du CHU dont l’activité se sépare entre les cours à la fac, la recherche et l’hôpital. Ce sont les PU-PH, Praticien Universitaire et Hospitaliers. De célèbres professeurs spécialistes de l’anatomie.

Je me souviens encore de leurs cours d’anatomie générale de première année menés de façon précise et concise, leur mains dessinant au tableau à coup de craies d’une précision chirurgicale les schémas et les coupes de ce que l’on ne pourrait voir à l’œil nu, plongée à l’intérieur du corps humain pour un voyage d’une complexité étonnante quoi qu’un peu simplifié pour les cours qui restent malgré tout incroyablement denses en information.

A présent, il est temps de réinvestir ces connaissances pour commenter, analyser les radiographies qui nous sont présentées, les coupes au scanner affichés. Nommer leur différentes composantes, les anomalies possibles. A quel hauteur sommes nous là ? TH5 puisque  l’on voit le l’aorte ascendante et descendante, nous somme donc sous la crosse mais au-dessus du cœur. Ah oui, logique.
La masse que l’on voit ici qu’est ce que ça peut être ? On va devoir faire une radio de profil pour la situer, antérieures ? Moyenne ? Postérieure ? Thymome antérieur ? Adénopathie postérieures ?

Et là c’est quoi ? Le tronc des artères pulmonaires ! Et si ça augmente de volume ça peut être quoi ? Euh une embolie pulmonaire ? Une hypertension artérielle pulmonaire ?

Et ici on voit l’oreillette droite du cœur puis un peu plus en haut l’aorte ascendante qui monte vers le haut et la droite, ici la crosse qui se dirige vers la gauche qui forme un bouton sur la radio ici, et elle est là sur le scanner vous voyez ? Puis on arrive ensuite à l’aorte descendante, la jonction crosse aorte descendante est l’isthme. Plus bas l’aorte est plaquée postérieurement attachée à la paroi alors que plus haut elle est libre. La conséquence vous la connaissez ? La rupture aortique en cas de choc brutal et violent vous mourrez sur le coup, ou bien une contusion de l’isthme avec dissection de l’aorte qui correspond à un saignement entre 2 enveloppes entourant l’aorte.

Et là qu’est ce qu’on a ? La Veine cave supérieure qui est derrière les vaisseaux artériels, voyez comment elle prend le contraste et se réhausse donc le scanner est injecté et on est au temps tardif !

Et si on a une lésion ici, pourquoi va-t-on avoir un myosis (pupille sérrée) ? Car le long de ces vaisseaux il y a des chaines sympathiques qui remontent jusqu’à l’œil ! Et oui l’anatomie c’est capital !

Puis passant à cette nouvelle coupe, qui peut me dire ou nous sommes ? Et ces vaisseaux allez je vous aident ils partent de la crosse de l’aorte ? Tronc artériel brachio céphalique, carotide commune et subclavière gauche oui !

Et là l’œsophage dont on voit la lumière caractéristique

Et ainsi de suite.

Incroyable et pourtant vrai il n’y a pas d’UE imagerie pour les ECNi, chaque spécialité intègre ses propres images mais jamais on nous a appris ailleurs qu’en 2ème année les bases de l’imagerie.

Mais là pendant 2H on a ces 2 grands pontes rien que pour nous. Et on apprend énormément. Malgré la goutte de sueur et les palpitations quand on est interrogé devant les 100 autres étudiants.

Mais à ce moment je marche vers la faculté, pas après pas, un pied devant l’autre sans savoir à quel point je ressortirai avec plus d’assurance et de connaissances 2h plus tard et m’étant félicité de m’être inscrit dans cette UE libre optionnelle. 12 sessions de 2h pour analyser et commenter, disséquer et découvrir des images de pathologies diverses puis un examen de 30 QCM à partir d’imageries et dossiers cliniques.

Aujourd’hui encore j’ai avancé me dis je souriant en écrivant ce billet. Puis soudain je remarque qu’étourdis la tête dans les nuages après toutes ces informations, toutes ces émotions, tout ce flot de pensées et de paroles du mois dernier mais aussi de la journée je me suis trompé de quais et de sens. Ne remarquant ni le mauvais numéro sur le panneau ni la destination et faisant fi du contrôleur annonçant la destination. Les yeux embrumés et l'ouie saturée. Les sens perturbés. Et la tête, toujours et encore dans les nuages, occupée à parler plutôt qu'à analyser le monde extérieur. Encore une fois j'étais dans ma bulle intérieur simplement relié par un fil fin fait d'ondes et de fréquences à l'extérieur.

C’était de l’autre côté que je voulais aller moi !

 

C’était l’autre quai que j’aurai dû emprunter. Coup de bol dans ma mésaventure, pas de contrôle sur le trajet, où, la sueur et le stress grimpant en flèche, pas dans mon assiette, j’aurai été pris à défaut de billet. Et réalisé par la même occasion mon étourderie rêveuse qui m'aurait couté une addition salée coupant net les dernières douces rémices de la saveur sucrée des nuages de la journée.

Erreur sans conséquence finalement autres que me donner encore plus envie d'écrire sur le trajet s'allongeant. Etourderie vonlontaire de la conscience m’ayant rapproché de la capitale. Tel l'acte manqué d’un aimant attiré par son pôle opposé pour former ces lignes d'un champs magnétique invisible reliant ces pôles ne pouvant être révélés que par la poudre métallique qu'est la limaille de fer comme j'avais pu le faire en 1ère pour mon TPE étudiant le champs magnétique terrestre et son influence sur la vie à la surface de notre chère planète bleue faite de continents et d'océans. Ahh l'eau, la mer, qui s'évapore sous le soleil pour former des nuages.

Cette fameuse mer de nuage. On y revient toujours finalement par un chemin ou par l'autre, tel un cycle qui n'a ni fin de commencement qu'il soit matériel ou spirituel.

Je hausse les épaules. Tant pis. Mieux vaut se tromper de sens pour le train que se tromper de chemin dans sa vie. Je crois que j’ai trouvé le mien. En tout cas je l’aperçois là il se dessine de plus en plus clair. Les panneaux se mettent en place pour m’y guider en sécurité. Et là au moins je suis sûr de ne pas faire erreur. J’ai pris le mauvais sens pour mon train mais j’avance dans ma vie, et pas à contre sens.

C’est bien là l’essentiel après tout.

 

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Commentaires (3)

Erline
  • 1. Erline | 03/11/2019
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Emilie
  • 2. Emilie | 14/10/2019
Que de jolis mots ! Juste une petite précision, ont écrit "cacophonie", cela vient du grec kakos qui veut dire laid :)
docjunior
Ah d'accord merci je corrige ça !

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