Plaisir coupable

  • Par docjunior
  • Le 10/02/2016
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Est-ce que tout le monde à bien sa grille de QCM ? Est-ce que tout le monde a bien son sujet ? Je répète, tout le monde a t-il bien son sujet ? Dans ce cas, l'épreuve peut débuter. Vous avez 1 heure. Bon courage.
C'est ainsi que j'ai lancé ce vendredi l'épreuve d'UE3 à 19H30. Une épreuve très compliquée. Encore plus pour ce qui était de mon sujet que vous pourrez télécharger dans le prochain billet.

 

Moi je reste assis dans ma salle, à surveiller et à travailler. Mais d'autres sont plus actifs que moi. Dans les couloirs on pouvait observer de nombreux P2 se promenant de salle en salle pour voir les P1 bucher. Déambulant dans la fac pendant ce concours blanc. Ce qui n'était pas le cas du motif de leur présence. Motif pas si blanc. Je n'arrive pas à expliquer ce plaisir coupable. Surement parce que ça nous rappelle tout le mal qu'on a du se donner pour passer. Que ça aide à relativiser. Qu'on se voit à leur place prêt à travailler. Prêt à exporter la noirceur de notre âme accumulée depuis septembre pour noircir les grilles de QCM et cocher ces minuscules petites cases d'une importance pourtant vitale. Un coup de feutre par ici.  Une erreur par là, il faut passer à la 2ème ligne de réponse pour corriger. Quelle futilité d'immaginer que c'est cela qui va déterminer leur année...

Alors oui en tant que tuteur ça fait "plaisir" d'enfin passer de l'autre côté. Un plaisir indiscible, viscéral mais presque malsain. Car j'en ai un peu honte. Après tout n'est-ce pas sourire du malheur des autres ? En repensant au sien. Triste plaisir coupable. Douce culpabilité. Encore accentué à la vue de la jouissance de mes camarades P2. Cette joie à passer d'amphi en amphi, de salle en salle pour voir les P1 s'empaler sur les pièges des qcm.

Ou d'amis tuteurs qui sont restés explosés de rire pendant toute l'épreuve en allant sur facebook déconner puis s'en allant venant entre le 600 et le 350. Plus tard, ils diront légèrement moqueurs "oh là là comment on était éclaté de rire. En face des paces en plus !" Une histoire de déconnade, de messages complètement barrés, comme on en fait souvent entre P2 sur notre "blabla soirée". Après tout moi aussi j'aurai peut être bien ri avec eux si on avait été dans la même salle. Pourtant j'ai une petite voix que me dit que je ne devrai pas.  Est-ce l'empathie qui me parle ? Le M de la Médecine dont j'ai déjà parlé ? Une sonnerie interne affolée qui me dit de ne pas commencer à me déshumaniser ?

Et des P2 qui avaient l'air de s'amuser, il y en avait. S'abreuvant avec joie de la souffrance des autres. Se délectant du stress d'autrui. Un vampirisme affolant bien que surement inconscient. Mais pas innocent. Plaisir s'accroissant inexorablement de salle en salle. Après tout cette joie n'est t-elle pas légitimes ? On a réussi, on peut en rire non ? J'ai d'autre amis qui me disent quand je reparle de la P1 que oui c'est dûr mais c'est ainsi. On y est tous passé par cette casserole infernale. On s'est tous fait cuisiner et ce n'est pas pret de s'arreter. Alors on va pas non plus pleurer pour autrui. Si on ne peut pas faire PACES, on ne pourra pas résister à Médecine. A eux de se démerder pour passer !!! 

Alors tous ces P2 se promènent dans la fac, de salle en salle sans culpabilité, leur conscience soulagée.  Jouissant du même plaisir que j'ai pu un instant partager. Plaisir similaire à celui de voir des P1 travailler sur nos anciens cours à la BU, de se dire qu'on y est arrivé. Alors ils défilent joyeusement devant les primants et les doublants. Et pourtant...

Moi, je reste dans ma salle à réviser et surveiller. Et à y repenser. A cette P1, ces épreuves surmontées, ces souffrances balayées. Car oui, oui je suis passé !!! 


Et cette joie, rien ne pourra me l'enlever.
Mais je reste conscient et je relativise ce sentiment que j'ai pu un instant ressentir.

Voilà pour mon état d'âme après ce concours blanc. Merci à toi Nina pour ce commentaire sur le précédent billet qui m'a inconsciement aidé à me réveiller, à déterrer cette sonnerie que j'avais voulu au fond de moi occulter.
A Lundi prochain pour un billet sur mon rôle de tuteur pour aider ceux en PACES ! 

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