Le médecin : soignant ou communiquant ?

  • Par docjunior
  • Le 10/02/2016
  • Commentaires (7)

Medecin

Qu'est ce qu'un médecin ? Celui qui guérit ... ou ... celui qui sait parler comme il faut ? Facile facile vous me direz ! Les 2 à la fois ! Oui, bien sûr, je vous répondrai très certainement que vous avez raison. Et pourtant non ce n'est pas si simple. Pas simple du tout même...

" S'occuper des malades et non des maladies "

 

A priori, c'est simple, pas de question à se poser, le médecin doit savoir soigner ce qui finalement englobe la guérison et la communication. Il doit soigner et non pas uniquement guérir. Il doit s'occuper des malades et non des maladies. La maladie est un contenu dans le contenant et le contenant ne doit pas être débordé par le contenu. 

Qu'on oublie le malade pour se consacrer exclusivement à sa maladie. Le médecin se doit donc d'être humain, empathique, à l'écoute de l'autre, attentif. Mais aussi professionnel, à distance, efficace dans sa prise en charge. De nos jours, il ne s'agit même plus d'être efficace mais efficient, de faire beaucoup et bien avec peu.

 

" Il est si facile de projeter sur l'autre ses propres craintes et questionnements."

 

Facile, trop facile d'être pétri de bonnes intentions mais bien plus difficile de suivre ces bonnes résolutions. Prenons l'exemple de Jaddo dans ce billet poussant à la réflexion : empathique ta mèreVoyez comme il est aisé de s'écarter de ce sentier non pas tout tracé. Voyez le peu de difficulté de se croire tout beau tout souriant en se disant qu'on est si intelligent et bienveillant envers le patient. Car non, non ! C'est un combat de tous les instants. C'est une attention et des interrogations. C'est tout le temps, c'est permanent. Et même cela c'est tout à fait insuffisant. Il est si facile de projeter sur l'autre ses propres craintes et questionnements...

 

" On est médecin et humain mais on est d'abord humain avant d'être médecin "

 

Car oui, on est médecin et humain mais on est d'abord humain avant d'être médecin. Le soignant a sa vie, ses craintes, ses soucis, sa fatigue, ses tracas, ses interrogations. Sauf que quand on est patient, on ne le ressent pas. On l'oublie, car on est soi même en état de fragilité. Et le médecin se doit d'être professionnel. Il se doit d'être Médecin. Médecin et médecin avant tout. Sauf qu'il est humain. Humain en 1er lieu. Et que par conséquent, même involontairement, même inconsciemment, ça peut faire de lui un mauvais communiquant. Soignant, (bon) communiquant, ce n'est pas si évident...

 

" Qu'est-ce qu'il est aisé de se tromper, de laisser passer une erreur "

 

La Médecine, c'est un rapport à l'autre, c'est une profession au contact des gens. Et qu'est-ce qu'il est aisé de se tromper, de laisser passer une erreur. Et pas que médicalement mais aussi humainement parlant. D'utiliser du vocabulaire médical en face d'un patient, d'avoir des gestes même involontaires pretant à questionnement comme le médecin qui froncerait les sourcils en regardant un bilan (et pendant ce temps le patient observant attentivement les faits et gestes du médecin).

Ou même des termes inadaptés, inapropriés. " Ce que vous avez n'est pas grave mais on va vous garder en observation encore un peu . " Par cette phrase le patient a le sentiment qu'on lui cache quelquechose par exemple alors que le médecin n'est vraiment pas inquiet pour ce dernier mais le laisse à ses peurs.

 

" la relation à l'autre c'est aussi et surtout un art "

 

Des situations de ce genres, des quiproquos médicaux, il y en a tellement (et j'y reviendrai dans plusieurs billets très prochainement). Il devient alors parfois facile d'oublier qu'on est en face de gens, de patients, d'hommes et de femmes réels et de commettre un impair. Car la relation à l'autre c'est aussi et surtout un art. La manière de se tenir, la chaleur de la voix, l'implication, le regard, l'attitude, le choix des mots, de sa position à adapter selon les situations alors même qu'on est en pleine réflexion et que nous soignons. Tous cela et bien plus, c'est un art. 

 

" Peut-on même parler d'application dans le domaine de la relation ? "

 

Être bien intentioné c'est bien mais réussir à l'appliquer c'est mieux complètement différent. Regardez moi par exemple je voudrais bien faire mais est-ce que je saurai bien faire ? Pas si sûr... N'oublions pas qu'on est face à des humains alors il faut être soi même humain. Humains et intelligents. Mais demain moi même face au patient pourrai je mettre tout ça en application ? Peut-on même parler d'application dans le domaine de la relation ? N'est-ce pas plutôt une attention à avoir sur toutes les situations, attention qui s'apprend mais ne s'apprend pas non plus bêtement afin d'être automatiquement mis en pratique ? 

Est-ce que j'aurai oublié mes pensées de maintenant ? Est-ce que je saurai le faire tout simplement car une bonne volonté c'est malheureusement totalement insuffisant. Car les facteurs en jeux sont si nombreux qu'il est impossible de tout maitriser. Est-ce d'ailleurs souhaitable ? Le veut-on vraiment ? Le doit t-on réellement ?

 

" Finalement soigner et communiquer ce n'est pas si simple à concilier "

 

Finalement le médecin soigne, c'est son but premier. Mais il communique tout le temps et cette part là si facile à négliger, à oublier ou à mal négocier s'apprend et se pense. Longtemps à l'avance. Mais elle ne s'applique pas. Il n'y a pas de " recette miracle ". Finalement soigner et communiquer ce n'est pas si simple à concilier. Et même quand on veut bien faire on peut finir par se retouver à terre. Mais quand on en est conscient c'est également ce qui fait la richesse de la profession, toutes ses situations, ce moments différents à savoir gérer sur l'instant. C'est ça qui apporte une dose de piquant. C'est ça qui est finalement passionant. Mais tellement piégeur et piégeant en même temps.

Alors dire si naïvement qu'on souhaite rester humain, ne pas vouloir se faire déshumaniser par ces études n'est ce pas tout simplement trop simple ? Oui ... et non ! Car c'est naïf d'une certaine façon mais c'est essentiel d'une autre. Car c'est si simple à dire mais tellement plus dûr à accomplir.

 

" On est médecin du corps et de l'esprit "

 

Etre à la fois soignant et communiquant. Plus facile à dire qu'à faire non ? Sans être opposés on ne peut dire que ces 2 aspects soient parfaitement complémentaires bien que cette complémentarité apparait comme nécessaire. Nécessaire dans ce monde où la médecine évolue, se technicise. On nous le dit souvent : qu'on est médecin du corps et de l'esprit. Que psyché et soma sont intriqués. Que la parole du médecin est à part. Mais savoir l'exercer, c'est tout un art.

 

" Je ne veux jamais oublier ces quelques pensées d'une précise généralité​ "

 

Alors naïvement je vais continuer à répéter mes généralités. Que je veux bien soigner, que je veux être empathique, que je veux être bon médecin, que je veux exercer un métier qui me plait pour sa grande richesse et sa diversité, que je ne veux jamais oublier ces quelques pensées d'une précise généralité, que je veux aider, contribuer, que je veux pouvoir me coucher tous les soirs en ayant le sentiment d'avoir fait son devoir. Bien fait son devoir. D'avoir été utile, d'avoir aidé, d'avoir soigné et non pas guéri, d'avoir positivement contribué. 

Humainement, dans le respect et l'écoute. Efficacement. Socialement. Et pourtant je le sais ce n'est pas si évident. Malgré mes questions et mes interrogations. Mais ça reste important. Car je ne veux pas oublier ce sentiment que j'ai là, là maintenant. Plus tard toujours étudiant quand je serai fatigué, essoré par ces années d'épuisement. Externe ou interne. C'est si facile à oublier...

 

" Je suis peut être simple mais pas simpliste, cette naïveté, je veux la garder "

 

Alors cette naïveté si essentielle, je veux la garder ! Je veux m'en rappeler ! Je la revendique même ! Mais je reste conscient qu'elle reste fragile, que ce ne sont que de simple mots qui risqueraient de s'effacer dans le temps. Ne pas rester aveugle. Que ce n'est pas si simple. Que ce ne sont que de simples mots bien trop caricaturaux. Car la médecine, je vous l'ai expliqué, ce n'est pas si aisé. Ce n'est pas si évident. Ce n'est pas si simple. Jamais !!!

Alors oui je suis peut être simple mais pas simpliste. Alors oui vouloir dire qu'être médecin c'est soigner et communiquer en même temps, c'est beau, c'est mignon mais ça ne tiendrait pas 3 secondes en situation. Alors oui devenir médecin, c'est une véritable construction, un apprentissage et un effort permanent. Et ça j'en suis bien conscient.

Cependant ça ne m'empêchera pas de conclure sur quelquechose qui me semble parfaitement important. Essentiel même. Intricablement lié à l'essence même de la médecine. Je le dis et le répète souvent : on soigne des patients doués de sentiments, des malades, pas des maladies ! Des gens ! Restons en conscients ! A jamais, eternellement...

Pour écrire ce billet, j'ai du beaucoup réfléchir, je vous livre ici mon avis construit et réfléchi et non pas mon opinion. Et vous qu'en pensez vous ? Soignant ? Communiquant ? Ce n'est pas si évident...

médecine réflexions interrogations éthique

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Commentaires (7)

La relou du Samedi
  • 1. La relou du Samedi | 28/03/2016

Mais Derien aaaah

docjunior

Merci à toi de nous avoir partagé ton expérience. :-)

La relou du samedi
  • 3. La relou du samedi | 26/03/2016

Billet méga intéressant !
Un médecin sa doit être les 2. Sinon sa le fait pas !
Je vais donner un exemple pour illustrer le truc.
De ma propre expérience je me rappelle un jour au collège j'étais au W.C ben y avait pas de loquer dans les toilettes du coup j'ai mis mon sac pour bloquer la porte, mais Bien sur au collège les gens sont pas très futés et y a une fille qui ouvre la porte j'avais senti qu'elle arrivait donc je m'étais vite rhabillé et le moment ou elle a ouvert la porte ben mes cervicales ont senti passé le truc. J'étais bien anesthésié lol non sérieux on peut devenir handicapé a cause de personnes pareil ://.
Donc GO les urgences, attente de X heures comme d'hab.
Et là le médecin ils prenaient ma mère et moi pour des teubés dans sa façon de parler. Et il me prescrit quoi ? du doliprane sans blague j'aurais mieux fais d'aller chez mon généraliste !!! Donc traitement pourri + accueil pourri quoi dire de plus ?
Rien ! j'ai jamais vu un médecin aussi nul.
D'autres part y en a des bons quand j'étais hospitalisé et qu'on me soupçonné une méningite l'interne qui m'a fait cette ponction lombaire ah qu'il ou elle (lol) était gentil(le).
Du coup en P1 faudrait faire une épreuve intitulé "module compassion" et je pense que sa va virer pas mal de personnes.
Sur ceux hasta la vista ;)

docjunior

Je suis bien d'accord. C'est un aspect essentiel. Savoir communiquer, expliquer et s'assurer que le patient a bien comprit, qu'il a bien eu le sentiment d'avoir été écouté, compris et bien pris en charge. C'est quelque chose qui est tout à fait important.
Et pour cela, il y a un enseignement, des cours en petits groupes que j'ai trouvé absolument passionnants et dont je ferai le récit quand je trouverai le temps et l'inspiration d'écrire un ou plusieurs billets à ce propos.

charline
  • 5. charline | 01/02/2016

Très important surtout quand minimum 80% des plaintes des patients sont liés à un problème de communication!

docjunior

Merci beaucoup, en effet j'ai pensé aux cours de psychologie médicale. J'ai d'ailleurs beaucoup réfléchis sur ce sujet qui me tient à cœur.
Puis j'ai essayé de mettre en relief les points que je trouvais essentiel et qui m’intéressaient le plus tout en rendant le texte structuré sans être scolaire.
J'ai voulu apporter une réflexion construite mais plaisante sans apporter des réponses. Car c'est à chacun de les trouver ces réponses. Finallement la conclusion est autant une conclusion qu'elle est une ouverture...

Et bien sûr, j'ai voulu faire un article positif en étant mettant en valeur cette simplicité réfléchie. J'ai lu et relu chaque phrase, chaque mot pour retranscrire au mieux cette volonté d'un article clair, plaisant mais aussi intéressant prêtant au questionnement.

Il ne s'agit pas d'être dramatique en effet mais d'avoir un message optimiste, simple mais pas simpliste dans cette immense aventure qu'est la médecine que l'on aborde avec entrain sans précipitation en prenant le temps de la réflexion.

En effet l'humilité vient du fait que je m'interroge, que j'essaye d'accéder à la conscience tout en sachant que c'est un travail qui prend du temps et de la réflexion. Mais cet article est déjà un premier pas sur cette voie.

Enfin au niveau du style, en plus d'avoir un contenu j'ai cherché en me lisant et relisant d'y mettre la forme, que ce soit plaisant à l’œil et à l'esprit sans pour autant masquer le message. Plutôt en le mettant en relief en fait.
Merci pour ton commentaire portant un regard critique sur l'article.

La relou du dimanche
  • 7. La relou du dimanche | 29/01/2016

Ce billet est parfait parce qu'à la fois il est long mais il faut qu'il soit long pour aborder tous les points de vue mais à la fois il a une mise en forme qui fait que ce n'est pas chiant de le lire, tu as envie d'aller jusqu'au bout pour savoir ta conclusion.

Je trouve que tout ce que tu dis est vrai, ça me fait penser aux cours de comm mais aussi aux cours de psychologie de l'an dernier, et je trouve que tu l'exprimes vachement bien cette ambiguïté sur le métier de médecin et sur l'Homme qui est médecin, tu le formules vraiment bien et j'ai adoré lire cet article parce qu'il est sérieux mais pas dramatique. Et je trouve que tu as une certaine humilité qui donne tout son charme au texte.

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